La saison 3 de Silo s’est terminée le 4 septembre sur Apple TV, et j’en sors avec la conviction que c’est la meilleure des trois. Dix épisodes, un changement de cap complet par rapport à ce qu’on connaissait, et surtout des réponses. Pas toutes, loin de là, mais assez pour que ma petite théorie sur la véritable raison d’être des silos commence à ressembler à autre chose qu’à du délire de spectateur. J’y reviens plus bas.
Meilleure des trois ne veut pas dire irréprochable, et il y a un reproche que je n’arrive pas à passer sous silence.

Silo saison 3

Rebecca Ferguson tient la série à bout de bras

Il faut le dire simplement : Rebecca Ferguson est au sommet de sa forme. Juliette Nichols pourrait facilement être une héroïne de survie générique, et elle en fait un personnage dur, buté, épuisé, qui ne joue jamais la scène en force. Elle est aussi productrice exécutive de la série, ce qui explique sans doute pourquoi elle met tout son coeur.

C’est LA révélation de ces dernières années, sa présence au casting de Dune l’a propulsé au rang des acteurs montant et c’est une des raisons qui m’a fait me mettre a cette série.

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Jessica Henwick et Ashley Zukerman, la vraie bonne surprise

Le reste du casting ne démérite pas, mais les deux arrivées de cette saison écrasent un peu le reste. Jessica Henwick joue Helen Drew, journaliste d’investigation à Washington, et Ashley Zukerman incarne Daniel Keene, un membre du Congrès. Leur duo fonctionne immédiatement.

Ce qui est malin dans l’écriture, c’est qu’on n’assiste jamais à leur histoire en continu. On en récupère des morceaux, des bouts de scènes disséminés dans la saison, et pourtant l’alchimie passe. On y croit sans qu’on nous ait montré la moitié de la relation. C’est rare, et c’est exactement ce qui rend la suite aussi violente.

La saison qui regarde enfin notre présent

Le vrai changement de cette saison, c’est le focus. Silo quittait rarement son bunker. Là, la série adapte Shift, le deuxième tome de la trilogie de Hugh Howey, et passe une grande partie de son temps avant la catastrophe, dans un monde qui ressemble beaucoup au nôtre. On y suit les fondateurs des silos, les gens qui ont décidé, d’enterrer une partie de l’humanité. Pour sauver l’humanité mais on sent qu’il y a un but inavoué derrière.

Une critique acerbe peu subtil aux milliardaires de la tech qui peuvent tout acheter et s’immiscer dans la politique des nations mais de façon très gentille. C’est Apple qui finance.

Le syndrome du cliffhanger, ou six épisodes de remplissage

Voilà mon vrai reproche, et il vaut pour toute la série depuis le début. Silo souffre du syndrome du cliffhanger. On démarre avec une avalanche d’intrigues, on termine sur une fin explosive qui donne envie de réserver sa place pour la suite, et entre les deux, le néant absolu.

Le problème, c’est que la saison compte dix épisodes alors qu’elle a de la matière pour quatre. Il faut donc remplir, et la série remplit avec ce qu’il y a de plus pénible : des mini-intrigues secondaires dont personne n’a rien à faire, des allers-retours qui ne font avancer aucune ligne narrative, et surtout des personnages qui deviennent subitement idiots. Parce qu’il ne faut pas qu’ils comprennent trop vite. Si un protagoniste tire la conclusion évidente à l’épisode 3, il n’y a plus de saison.

C’est de l’étirement pur, et ça se voit. On regarde des gens intelligents refuser obstinément de poser la bonne question pendant six épisodes, ce qui fait disparaitre toute tension dramatique.

Ce qui sauve tout, et j’insiste parce que c’est exactement le sujet des deux sections précédentes, c’est le casting. Ferguson, Henwick et Zukerman tiennent l’attention par leur seule présence à l’écran. Sans eux, ces épisodes du milieu seraient d’un ennui total. Là, on continue de regarder pour les acteurs, en attendant que le scénario veuille bien redémarrer.

Un gaspillage de temps et de talent.

La scène de l’explosion nucléaire (spoilers)

Attention, à partir d’ici je spoile pour de bon.

La scène de l’explosion nucléaire est le sommet de la saison. Elle est touchante, et elle l’est parce qu’on comprend en la regardant tout ce qu’elle implique : Daniel et Helen vont être séparés, et cette séparation n’est pas un accident. Elle est organisée. Ce qu’on prend en pleine figure, ce n’est pas la destruction, c’est le fait que les créateurs des silos ont sciemment décidé qui montait à bord et qui restait dehors.

La suite est encore pire. Daniel traverse trois cent cinquante ans de cryosommeil et se réveille en Troy, agent de Silo 1, vidé de ses souvenirs mais pas de ses compétences. Le système efface la mémoire et conserve l’ingénieur. Et ce Troy-là ordonne le massacre du Silo 17 sans une once d’hésitation et d’humanité.

Ma théorie : les silos comme expérience de Stanford géante

J’avais publié une vidéo TikTok il y a quelque temps pour défendre une hypothèse : les silos ne sont pas un abri, ce sont un dispositif d’observation. Une expérience sociale à très grande échelle, dans l’esprit de l’expérience de Stanford menée par Philip Zimbardo en 1971.

Pour ceux qui ne connaissent pas, Zimbardo avait réparti des volontaires en deux groupes, gardiens et prisonniers, dans un faux centre de détention aménagé dans un sous-sol de l’université. Les gardiens devaient surveiller les prisonniers. En quelques jours, les comportements sont devenus si autoritaires et si violents que l’étude, prévue pour deux semaines, a été interrompue au bout de six jours.

Cette expérience est aujourd’hui très contestée. Les travaux du chercheur français Thibault Le Texier ont montré que Zimbardo et son équipe avaient largement instruit les gardiens sur le comportement attendu d’eux, la brutalité n’aurai pas émergé toute seule.
Je pense sincèrement que l’auteur du livre a connaissance de cette expérience et a décidé d’en faire un scenario a très grande échelle.

Et c’est précisément ce qui rend le parallèle avec Silo encore plus juste. Les fondateurs ne se contentent pas de regarder. Ils écrivent le Pacte, ils décident de ce dont les habitants se souviennent, ils déclenchent les nettoyages. Ils ne sont pas des scientifiques neutres, ils sont le biais lui-même.

Ce que la fin confirme, et ce qu’elle laisse dans l’ombre

Le final donne beaucoup de grain à moudre à cette lecture. Troy se comporte exactement comme un gardien de Stanford, mais puissance dix mille : détaché, obéissant, incapable de voir les habitants comme des personnes. Sauf qu’il n’a pas été recruté, il a été fabriqué, et son amnésie fait partie du protocole.

La phrase qui résume le mieux la saison vient de Victor, révélé comme la voix de l’Algorithme : le pouvoir décide qui garde la mémoire. Tout est là. La hiérarchie des silos ne repose pas sur la force, elle repose sur le monopole du souvenir. C’est exactement le genre de mécanique que l’expérience de Stanford, dans sa version corrigée, met en lumière.

Reste énormément de zones d’ombre. Les motivations réelles du suicide de Victor restent floues, on ne sait toujours pas ce que les fondateurs comptaient obtenir au bout du compte, et la confrontation entre Juliette et Troy est renvoyée à la saison 4, annoncée comme la dernière et attendue pour juillet 2027.

Verdict

C’est la saison la plus ambitieuse de Silo, et celle qui prend le plus de risques en délaissant son décor principal pendant une partie du temps. Sur le fond, le pari est gagné, et la critique suit avec 96 % d’avis positifs sur Rotten Tomatoes, ce qui en fait la saison la mieux reçue de la série.

Sur la forme, je reste sur ma faim. Une saison de six épisodes aurait produit quelque chose de redoutable au lieu d’une très bonne saison diluée dans quatre heures de temporisation. C’est frustrant parce que tout le reste est là : l’idée, les acteurs, la mise en scène de la catastrophe.

Si vous aviez lâché après la saison 2 parce que le rythme vous semblait trop lent, sachez que le rythme ne s’est pas arrangé, mais que ce qu’il y a au bout vaut le détour. C’est le moment où la série accepte enfin de répondre à ses propres questions, et où elle devient nettement plus dérangeante qu’un simple récit de survie souterraine. La saison 4, annoncée comme la dernière, n’aura plus l’excuse du mystère à faire durer.

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