Après avoir visionné The Boroughs, j’avoue avoir été un peu déçu par le ton de la série, que j’ai trouvé beaucoup trop familial à mon goûts. En quête d’une fiction plus intense à me mettre sous la dent, je suis tombé sur une production dont je n’avais absolument jamais entendu parler jusqu’alors. Pourtant, elle s’avère d’une très bonne facture. Il s’agit de From, une série fantastique qui propose un mélange d’horreur et de mystère particulièrement bien dosé.

À l’heure où j’écris ces lignes, la série compte quatre saisons disponibles. Pour ma part, j’ai uniquement regardé la saison 1 ainsi que les deux premiers épisodes de la saison 2. L’histoire s’avère extrêmement mystérieuse, truffée de secrets qui permettent de théoriser sur la suite et de se poser des questions existentielles, une activité que j’adore particulièrement en tant que spectateur.

serie From paramount

Un pitch cauchemardesque digne de Stephen King

From s’ouvre sur la famille Matthews qui, à bord de son camping-car, a la malchance de bifurquer vers un village pour le moins étrange. Une fois qu’une personne pénètre dans ce lieu maudit, il lui est absolument impossible de le quitter. Toute tentative de départ se solde par une boucle infinie : en suivant la route pour sortir, les voyageurs se retrouvent systématiquement et mystérieusement téléportés à l’entrée du village. Un détail frappant est que tous les résidents sont arrivés ici depuis des routes géographiquement très éloignées à travers les États-Unis.

Mais le calvaire ne s’arrête pas là sinon ca serait trop facile. À la nuit tombée, des créatures terrifiantes à l’apparence humaine sortent de la forêt pour rendre visite aux villageois. Leur but, demandez vous ? Les torturer et les dévorer tout simplement, le tout en arborant un sourire macabre. Pour se protéger, les habitants n’ont d’autre choix que de se barricader chez eux en utilisant de mystérieux talismans gravés de symbole primitif, dont l’origine reste inconnue.

C’est une intrigue faite sur mesure pour moi. En tant que grand fan de l’univers littéraire de Stephen King, je retrouve dans From beaucoup d’éléments que l’auteur utilise et pousse à l’extrême dans ses œuvres, notamment cette idée de petite communauté isolée face à une force indicible, qui rappelle des romans comme Under the Dome ou Salem.

Des personnages subtils et des psychologies bien écrites

Les personnages principaux bénéficient d’une belle écriture. Certes, la famille Matthews que l’on suit dès le départ peut sembler un peu cliché au premier abord : des parents au bord du divorce, une adolescente en rébellion. Pourtant, la série évite à mon grand soulagement les poncifs du genre et apporte une vraie subtilité dans le traitement de leurs relations.

J’aime beaucoup le personnage de Jade, qui arrive au village exactement en même temps que le camping-car. C’est un homme d’affaires arrogant et haut en couleur. Au début, il reste persuadé de participer à une escape game grandeur nature conçue pour lui. Cette réaction, à la fois très drôle et cynique, illustre parfaitement la diversité des comportements humains face à une situation absurde et traumatisante. Le réveil est brutal lorsqu’il est confronté à la réalité de la mort autour de lui.

Un autre personnage marquant est Victor. Cet homme d’une quarantaine ou cinquantaine d’années est arrivé dans ce village maudit lorsqu’il était enfant. Il a conservé une forme d’insouciance enfantine et un comportement en total décalage avec son âge réel, ce qui le rend étrange et suspect aux yeux des autres villageois. À travers ses dessins un peu creepy, qui documentent le passé du village, on devine qu’il a survécu à des événements absolument horribles.

from 2

Une ambiance oppressante née d’une réalisation intelligente

La série est globalement bien écrite, même si l’on devine assez aisément la finalité de certains événements. Ce sont souvent les personnages secondaires qui meurent, créant une sorte de protection divine visible autour des acteurs principaux comme le shérif Boyd Stevens, magistralement incarné par Harold Perrineau. Cependant, l’intérêt de From ne réside pas uniquement dans le fait de savoir qui va survivre, mais plutôt dans la manière dont ils réagissent face à l’impossible. Les relations humaines constituent la grande force de la série, portées par des dialogues d’une justesse impeccable.

Sur le plan visuel, la photographie est très belle. On ressent parfois un léger manque de budget, notamment à travers des scènes filmées très près des visages des acteurs, une technique probablement utilisée pour éviter d’avoir à construire des décors gigantesques. Ce choix technique se transforme en un atout majeur puisqu’il ajoute une atmosphère d’oppression et de claustrophobie tout à fait bienvenue dans ce genre de récit.

Le village est typiquement dans le style du fin fond des Etats Unis et est resté figé dans les années 50. Les créatures au visage faussement humain arbore eux aussi un look de ces années la, surement un évènement horrible s’est passé et les habitants se sont transformés en de monstres sanguinaire. Du moins c’est ce que j’imagine.

Un mot également sur le générique de la série, qui est extrêmement réussi. Il nous plonge directement dans l’ambiance du village. La reprise de la célèbre chanson Que sera, sera par le groupe Pixies, avec ses sonorités très sombres, m’évoque immédiatement l’ambiance poisseuse de la première saison de True Detective.

Le spectre de Lost : la série saura-t-elle répondre à ses mystères ?

Cette première saison et le début de la deuxième s’avèrent de très haut niveau. L’histoire avance de manière fluide tout en maintenant un intérêt constant et un mystère épais autour du village, de l’origine de la boucle temporelle et des motivations réelles des créatures.

Néanmoins, si la série réussit à installer un climat de mystère intriguant, il existe une crainte légitime que le scénario ne sombre dans le syndrome de Lost. Le risque avec ce type de production de type « Mystery Box » est de voir les énigmes s’accumuler au fil des saisons sans jamais aboutir à une résolution satisfaisante, ou de se voir proposer des explications alambiquées et mystiques en guise de conclusion.

Pour l’instant, le voyage au cœur de From vaut largement le détour et je ne peux que vous conseiller de lui donner sa chance si vous aimez l’horreur psychologique et les intrigues à secrets.


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