Le 17 avril dernier n’était pas une date tout à fait comme les autres. Ce jour marquait le quinzième anniversaire de la diffusion de la toute première saison de Game of Thrones. Avec le recul, il est fascinant de constater à quel point cette œuvre a marqué son époque et continue, aujourd’hui encore, de dominer la culture populaire. Plus qu’une simple série, elle a redéfini les contours de tout un pan de notre imaginaire collectif.

Game of Thrones serie hbo

L’époque héroïque du téléchargement et des sous-titres

J’ai découvert cette série aux alentours de l’épisode 5 ou 6 de la première saison. Pour les plus jeunes, il faut rappeler qu’à cette époque, regarder une production américaine en simultané avec les États-Unis n’était pas aussi simple qu’aujourd’hui. En France, il fallait souvent compter un an de décalage pour obtenir une version traduite officiellement.

Pour rester à jour, le passage par le téléchargement illégal était presque une étape obligée. La communauté était d’ailleurs incroyablement réactive : les sous-titres amateurs étaient souvent disponibles moins de 24 heures après la diffusion US. C’était une époque de « système D » pour les passionnés qui ne voulaient pas attendre que les chaînes nationales se décident à diffuser les pépites d’outre-Atlantique.

Le choc de la qualité cinématographique sur petit écran

En tant que fan de fantasy, j’ai été conquis dès les premières minutes. La qualité de production était saisissante, presque comparable à celle d’un film de cinéma, ce qui était très surprenant pour l’époque. Il faut se souvenir qu’en 2011, il existait encore un certain mépris pour le format télévisuel de la part du monde du septième art.

Voir des acteurs de cinéma sur le petit écran était rare. À l’époque, si un comédien de renom acceptait un rôle dans une série, on considérait souvent que sa carrière était sur le déclin. Ainsi, voir Sean Bean interpréter Ned Stark était un événement en soi. Et le voir mourir à la fin de la première saison (pardon pour le spoil, mais il y a prescription) a provoqué un véritable séisme. C’était la preuve que HBO n’allait respecter aucun des codes préétablis de la télévision classique.

got 2

La vision avant-gardiste de HBO

HBO, la chaîne derrière ce succès (devenue aujourd’hui la plateforme Max), a fait preuve d’une vision avant-gardiste. Bien que la série s’appuie sur le succès littéraire de George R.R. Martin, les producteurs ont réussi à révolutionner notre manière de consommer ce média.

L’engouement n’a pas été immédiat, mais dès la troisième saison, le monde entier a basculé dans la « GoT-mania ». Les théories inondaient le web, les analyses se multipliaient et des centaines de vidéos YouTube voyaient le jour. Ce phénomène a d’ailleurs permis l’éclosion de nombreux vidéastes qui sont encore des références aujourd’hui.

La démocratisation de la fantasy et l’essor du Grimdark

Le plus grand exploit de Game of Thrones reste, selon moi, la démocratisation de la fantasy. C’est un genre littéraire qui a longtemps été méprisé ou jugé trop « niche ». Même si la trilogie du Seigneur des Anneaux au cinéma avait ouvert une porte, beaucoup de spectateurs n’avaient pas adhéré à cet imaginaire.

L’atout majeur de l’univers construit par George R.R. Martin est d’avoir épuré son récit des éléments trop merveilleux au début. En mettant de côté les elfes, les orcs et une magie trop omniprésente, il a permis aux plus réfractaires d’oser s’intéresser à l’intrigue. C’est ainsi que le Grimdark, ce sous-genre de la fantasy plus sombre et réaliste, s’est imposé comme une norme, portée par le succès retentissant de la série éponyme.

La malédiction du « GoT Killer » : les échecs d’Amazon et Netflix

Beaucoup ont tenté d’imiter la recette du succès de HBO, mais la plupart ont échoué. On ne compte plus les annonces de prétendus « GoT Killers » qui s’appuyaient uniquement sur des budgets pharaoniques pour masquer un manque de profondeur :

  • Amazon s’y est essayé avec Carnival Row et La Roue du Temps.
  • Plus dommageable encore, Le Seigneur des Anneaux : Les Anneaux de Pouvoir a été présenté comme le successeur spirituel de Game of Thrones, avec un budget record d’un milliard de dollars pour les droits et la production, pour un résultat que je juge bien ridicule.
  • Netflix a également tenté sa chance avec l’adaptation de The Witcher (Le Sorceleur), sans jamais atteindre la qualité d’écriture et de jeu d’acteur.

Ces plateformes n’ont malheureusement pas compris que le succès de Game of Thrones ne résidait pas uniquement dans les dollars investis.

Pourquoi Game of Thrones reste indétrônable

La première saison de Game of Thrones aurait coûté entre 50 et 60 millions de dollars. C’était une série premium, certes, mais pas la plus onéreuse de l’époque. Pour comparaison, le pilote de Boardwalk Empire (une série que je conseille vivement) aurait coûté à lui seul 20 millions de dollars.

Selon moi, la réussite de GoT tient au respect de l’œuvre originale et au sérieux de son exécution :

  1. Une direction artistique impeccable : Des décors tangibles, une musique mémorable et un générique devenu culte car souvent copié mais jamais égalé.
  2. Un casting intelligent : Le choix de prendre des acteurs inconnus a permis de limiter les coûts tout en facilitant l’identification aux personnages. Cela a malheureusement parfois enfermé les acteurs dans leurs rôles, tant leur identité a fusionné avec celle de la série.
  3. Une stature cinématographique : Chaque épisode était traité avec le soin d’un long-métrage.

L’héritage de Game of Thrones : pourquoi la série reste indétrônable 15 ans après

En résumé, quinze ans après le début de l’aventure, le constat est sans appel : on ne fabrique pas un phénomène de société uniquement à coups de chéquiers. Si Game of Thrones a réussi là où tant d’autres ont échoué, c’est parce que la série possédait une âme, une écriture audacieuse et une volonté de bousculer un public que l’on croyait, à tort, incapable d’apprécier la fantasy.

L’œuvre de George R.R. Martin, portée par la ténacité et la vision de HBO, a brisé le plafond de verre qui séparait le divertissement populaire de la grande narration cinématographique. Elle a prouvé que la télévision pouvait être le lieu de toutes les ambitions, même les plus folles.

Alors, on pourra toujours pester contre une conclusion jugée hâtive ou une saison 8 controversée, mais force est d’admettre que nous attendons tous, encore et toujours, la prochaine œuvre capable de nous faire vibrer avec autant de force. En attendant que ce nouveau trône soit un jour revendiqué, l’empreinte laissée par les Stark et les Lannister reste indélébile dans l’histoire de la pop culture. Quinze ans plus tard, le roi de la télévision n’a toujours pas de successeur à sa mesure.


📬 Si t’as aimé cet article, ma newsletter pourrait te plaire.

Chaque dimanche : mes articles, ma revue de presse perso, mes découvertes. 1 email/semaine. 0 spam.

Je m’abonne

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.