Je vous ai beaucoup parlé, depuis le début de ce blog, de ma dépression, de ma difficulté à trouver un emploi dans le monde du jeu vidéo. Aujourd’hui je suis encore plus perdu qu’à la coutumière.

Perdu parce que je ne sais pas quoi faire. J’ai fini par abandonner l’espoir de travailler un jour comme concept artiste, je vous l’ai déjà dit ici. Mais alors quoi ? Quoi faire d’autre de ma vie ?

J’ai 34 ans cette année. Je n’ai rien construit de concret. Je suis célibataire, ma vie sociale est limitée, et j’ai l’impression d’être revenu au point de départ.

perdu dans ma vie

Pourquoi je recommence toujours tout à zéro

J’ai l’habitude de tout recommencer depuis le début. Le dessin, par exemple, je l’ai appris « récemment », depuis 2019 seulement. Sept ans plus tard, j’ai débloqué un nouveau skill, mais qui ne me sert pas à grand-chose. En cours de route, j’ai compris que je n’avais pas vraiment envie de passer mes journées à dessiner. J’ai fait des pauses de plusieurs mois, répétées sur deux ans. C’est pour ça que mon niveau a stagné.

Ce que j’ai surtout perdu, c’est l’envie d’apprendre, d’avancer. Je m’ennuie vite. Dès que j’apprends une nouvelle compétence, l’excitation du début est là, voir sa progression jour après jour est une sensation que j’adore, presque une drogue. Et puis un jour, mon niveau devient « suffisant » à mes yeux. Une lassitude s’installe. Je finis par perdre la flamme.

C’est pour ça que j’ai un profil atypique et une carrière chaotique. Sans me jeter des fleurs, cette curiosité m’a donné énormément de connaissances dans énormément de domaines. J’ai appris le code, je suis devenu développeur Android en freelance à 20 ans. Puis, quelques années plus tard, j’ai commencé une nouvelle carrière d’entrepreneur dans le e-commerce. Cette expérience m’a appris beaucoup, dans des domaines très divers.

Ce que j’ai vraiment aimé dans mon expérience d’entrepreneur

Depuis quelque temps, je repense à cette période. Et je me suis aperçu que ce que j’ai adoré, dans le e-commerce, ce n’était pas vendre. C’était gérer. Gérer les stocks avec les fournisseurs. Voir le nombre de visiteurs augmenter, ou pas. Régler les problèmes des clients, les pépins d’hébergement web. Piloter un système en mouvement.

Les profils comme le mien font peur. Personne ne veut embaucher quelqu’un qui risque de partir six mois ou un an après son arrivée, et je peux le comprendre. D’ailleurs je ne sais même pas si je veux réellement être salarié. Je ne l’ai jamais été. Depuis le début, j’ai toujours été à mon compte. J’ai un esprit très indépendant. Et c’est précisément pour ça qu’aujourd’hui je suis perdu.

Le vrai problème n’était pas celui que je croyais

En écrivant tout ça, un truc m’a sauté aux yeux, un truc que je n’avais jamais vraiment formulé aussi clairement : si j’avais été entouré, même dans le dessin, je pense que je serais allé beaucoup plus loin. J’ai des concepts de jeu vidéo qui dorment depuis des années, aucune motivation pour les concrétiser seul. Et dans le commerce, je pense que j’aurais continué, ou en tout cas je serais resté beaucoup plus longtemps, si j’avais eu un associé.

Ce n’est donc peut-être pas que « je m’ennuie vite » ou que « je suis instable par nature ». C’est que je touche un plafond quand je suis seul, et que je redescends. Entouré, j’irais plus loin.

Et pourtant. J’adore entreprendre seul. Être autodidacte, apprendre par moi-même, c’est une satisfaction que je ne retrouve nulle part ailleurs. Mais en contrepartie, la solitude est très présente. Il y a un vrai manque : quelqu’un avec qui échanger mes doutes, mes petites victoires, dans les phases creuses. Passer des heures à apprendre pendant que d’autres sortent, s’amusent, je me suis pas mal isolé. C’est ce que je comprends en écrivant ces lignes, et je crois que je ne l’avais jamais vu aussi clairement avant aujourd’hui.

Je vis encore chez mes parents, ce qui a sans doute facilité ce passage à vide de sept ans – matériellement, ça a amorti la chute. Mais ça a aussi, je pense, nourri cet isolement. Sept ans à apprendre seul, dans sa chambre d’enfance, en se disant que la prochaine compétence sera la bonne.

Se sentir perdu à 34 ans : mon constat final

Je n’ai pas de conclusion à donner à cet article. Pas de plan en trois points, pas de « et maintenant je sais ce qu’il faut faire ». Ce serait mentir.

Ce que j’ai, c’est un constat plus juste que celui du début. Je ne suis pas juste quelqu’un qui n’arrive pas à se fixer. Je suis quelqu’un qui a besoin des autres pour tenir dans la durée, et qui a passé quinze ans à essayer de faire les choses seul parce que c’est aussi ce que j’aime, cette indépendance, cette liberté d’apprendre à mon rythme, sans compte à rendre.

Les deux sont vrais en même temps. C’est peut-être ça, le vertige. Pas savoir quoi faire de sa vie, ce n’est pas juste ne pas avoir de destination. C’est aussi se rendre compte que ce qu’on aime et ce dont on a besoin ne sont pas toujours la même chose. Et je ne sais pas encore comment on fait avec ça.

Pour l’instant, je suis juste perdu. Mais un peu moins dans le brouillard qu’avant d’écrire ces lignes.


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