Je vais être honnête avec vous : je n’ai pas fini Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Voilà, c’est dit. Et non, ce n’est pas par manque de culture littéraire ou par flemme. J’ai abandonné à la page 247, et je vais vous expliquer pourquoi.

Cent ans de solitude roman

Un début prometteur, presque envoûtant

Soyons clairs, le roman est intéressant à plusieurs égards. J’ai adoré le côté fantastique, voire mystique, de cette histoire qui suit la fondation d’un village reculé en Colombie, loin de toute civilisation. Le réalisme magique de Gabriel Garcia Marquez, ce mélange entre quotidien banal et événements surnaturels traités avec le plus grand sérieux, ça fonctionne vraiment bien au début. Cent ans de solitude mérite clairement sa réputation d’œuvre majeure du réalisme magique sud-américain.

Ursula Iguaran, le personnage qui sauve tout

S’il y a un personnage qui m’a marqué, c’est Ursula, la femme de José Arcadio Buendia. C’est elle qui gère son mari et toute la famille de façon remarquable. La seule saine d’esprit dans ce petit monde de folie douce, le pilier, le repère. Elle défie même la mort pour continuer à s’occuper de sa maison, rien que ça.

Ursula, c’est une femme résiliente, jamais aidée par sa propre famille, dans un sacrifice total qui rappelle celui de beaucoup de femmes à travers l’Histoire, obligées de maintenir la cohésion familiale envers et contre tout. Gabriel Garcia Marquez capture à merveille cette dévotion quasi religieuse de ses nombreux personnages féminins, sans jamais attendre le moindre retour. Aujourd’hui, on a mis un nom sur ce phénomène profondément inégalitaire : la charge mentale. Et franchement, voir ce concept incarné avec autant de justesse dans un roman des années 1960, ça a quelque chose de fascinant.

L’écœurement du vide

Mais voilà, le mot est fort, je le sais, mais c’est exactement ce que j’ai ressenti : un écœurement du vide. Passé un certain point, le roman raconte surtout le quotidien d’une famille, encore et encore, sans réelle intrigue pour me tenir en haleine. C’est sûrement voulu par l’auteur, pour nous faire ressentir cette solitude justement. Sauf que ma seule réaction a été une perte d’envie de continuer.

Ajoutez à ça les prénoms et noms qui se répètent presque à l’infini, au point que même les personnages semblent s’y perdre. Gabriel Garcia Marquez nous égare volontairement dans cette généalogie des Buendia, et si j’imagine que c’est encore une fois un choix narratif fort, dans les faits, ça m’a surtout perdu, moi, le lecteur.

Kafka, l’absurde qui donne envie d’avancer

Ce qui est intéressant, c’est que le côté fantastique du roman s’articule beaucoup autour de l’absurdité de la vie elle-même, ce qui m’a immédiatement fait penser à Kafka, l’un des auteurs que j’apprécie le plus. Sauf que l’effet produit est totalement inverse. Dans Le Procès par exemple, chaque page me donnait envie de savoir comment l’auteur allait rendre l’absurde tangible. Chez Kafka, l’absurde avance, il propulse.

Dans Cent ans de solitude, j’ai plutôt ressenti une sensation de lourdeur à chaque phrase. Plus j’avançais, plus l’envie de suivre cette famille dans son chaos permanent se dérobait sous mes yeux. C’est sûrement ce manque d’intrigue qui a fait naître cette lassitude chez moi.

Abandonner plutôt que se dégoûter

Peut-être que j’ai commencé cette lecture au mauvais moment de ma vie. Un jour, peut-être, je reprendrai ce livre et j’y trouverai enfin ce que l’auteur a voulu nous raconter. Mais pour l’heure, je préfère abandonner plutôt que d’être dégoûté à vie de cette œuvre pourtant très bien écrite.

Et là, Kafka sur le rivage de Murakami est arrivé

J’ai enchaîné directement avec Kafka sur le rivage de Haruki Murakami, mon tout premier roman d’un auteur japonais. Résultat : je suis déjà à la page 249, et je le dévore littéralement. Le contraste est saisissant avec ma lecture précédente. Là où Cent ans de solitude m’a demandé un effort de plus en plus lourd, Kafka sur le rivage me happe page après page.

Ce qui est amusant, c’est que les deux romans jouent avec l’étrange et le surnaturel, mais l’un me fait fuir quand l’autre me retient. Une preuve, s’il en fallait une, que le réalisme magique n’est pas un genre monolithique, et qu’une même approche littéraire peut produire des ressentis complètement opposés selon l’exécution.

Affaire à suivre, donc, pour Ursula et sa descendance. En attendant, direction Kafka sur le rivage, dont je vous parlerai très probablement dans un prochain article.


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