Qui aurait cru qu’un film sur le tennis de table parviendrait à me captiver à ce point ? C’est pourtant le tour de force de Josh Safdie. Le réalisateur délaisse ici l’agitation frénétique de ses précédents opus pour explorer avec brio la personnalité complexe de Marty Reisman (rebaptisé Marty Mauser dans le film). À travers ce portrait, Safdie nous parle d’ambition, de soif de réussite et des sacrifices extrêmes que l’on est prêt à faire pour accomplir ses rêves.
Table des matières

Fiche Technique
- Réalisateur : Josh Safdie
- Casting : Timothée Chalamet, Gwyneth Paltrow, Tyler, The Creator
- Genre : Biopic / Drame sportif
- Année : 2025 (Sortie large en 2026)
Un « Hustler » des années 50
L’intrigue nous plonge dans le New York des années 50. Marty est un jeune homme qui ne jure que par une chose : devenir champion du monde de tennis de table, un sport encore largement sous-estimé aux États-Unis à l’époque. Pour financer son voyage vers l’Open d’Angleterre à Londres, il enchaîne les petits boulots, notamment comme vendeur de chaussures chez son oncle.

Pour atteindre ses objectifs, il triche, ment et arnaque avec une désinvolture déconcertante. Mon avis sur le personnage est nuancé : s’il est facile de le juger depuis le confort de notre siège de cinéma, le film nous rappelle que la pauvreté des années 50 imposait une tout autre réalité. Seul contre tous, rejeté par une famille qui veut le voir abandonner ses « chimères », Marty n’a pour armes que son bagout et son audace.
Ce qui rend le personnage fascinant, c’est sa méthode. Mais attention, sa soif de gloire n’est pas son seul moteur : il cherche avant tout à s’extraire de sa condition sociale. Pour lui, tout est sacrifiable sur l’autel de la réussite, quitte à devoir s’humilier si nécessaire.
C’est ce que j’apprécie énormément dans le cinéma de Safdie : il nous offre des personnages complexes, pétris de contradictions et terriblement proches du réel. Il nous rappelle que, malheureusement, dans la vraie vie, pour faire bouger les lignes et bousculer le destin, il faut parfois savoir user de la ruse.
Le choc des mondes
Le film joue intelligemment sur le contraste social. Grâce à sa ténacité, Marty parvient à côtoyer la haute société, notamment une ancienne star d’Hollywood déchue. Le parallèle est fascinant : d’un côté, ce jeune loup qui n’a rien à perdre ; de l’autre, une femme qui a tout gagné (argent, statut) mais qui a perdu son « étincelle ».
Cependant, son ego plus massif qu’un éléphant et son extravagance finissent par lui jouer des tours. Le film montre avec une grande justesse comment une passion peut devenir dévorante, au point d’aspirer chaque aspect de la vie privée et de repousser les rares personnes sincères, comme son amie d’enfance Rachel (Odessa A’Zion).
L’immersion sonore : Le Jazz comme personnage
On entend beaucoup d’éloges sur ce film, et c’est complètement mérité, mais peu de gens soulignent la qualité exceptionnelle de la bande son. Dans Marty Supreme, la musique est véritablement un personnage à part entière. Les notes de jazz qui résonnent tout au long du récit ne sont pas là pour faire joli : elles nous plongent au cœur de cette époque mouvementée et soulignent l’instabilité et l’énergie du protagoniste. C’est une immersion auditive totale.
La réalisation : Entre tension et fulgurances
Côté mise en scène, Josh Safdie prouve qu’il n’a rien perdu de son talent. Si la réalisation semble plus « classique » au premier abord, elle reste parfaitement maîtrisée. On retrouve par moments cette tension palpable propre à Uncut Gems, même si celle-ci a tendance à s’effriter un peu en milieu de récit. Heureusement, le film est ponctué de véritables fulgurances visuelles, mention spéciale à la scène du miel, qui risque de rester gravée dans les mémoires.
Timothée Chalamet au sommet de son art
Dans cette critique de Marty Supreme, impossible de ne pas s’attarder sur la performance de Timothée Chalamet. Il ne se contente pas de jouer Marty, il l’habite littéralement.
Il y a une scène où Marty explique comment il interpréterait un personnage de théâtre ; ce qu’il décrit est exactement ce que Chalamet livre à l’écran.
C’est une performance sur mesure qui démontre toute l’étendue de sa palette de jeu et qui devrait définitivement faire taire les sceptiques.
Conclusion : Mon verdict
En résumé, Marty Supreme est un très bon film qui, je l’espère, fera date, un peu à la manière d’un Loup de Wall Street version « ping-pong ». Entre ambition démesurée et chute morale, Safdie nous offre un portrait d’homme inoubliable. Dans ce paysage de sortie de film qui se ressemble, A24 réussit a produire des films avec un vent de fraicheur même si de plus en plus on peut voir les « ficelles » de leur stratégie.
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