L’été dernier, impossible d’échapper a la hype. TikTok saturait de vidéos du BookTok vantant Les Diables, le nouveau Joe Abercrombie. Uchronie médiévale, personnages truculents, humour cinglant : sur le papier, j’avais entre les mains mon futur coup de cœur 2025. Spoiler : ce ne fut pas le cas.

J’ai beaucoup aimé la couverture et l’édition est de très bonne qualité.


les diables de joe abercrombie

L’histoire : une mission, des diables, une princesse

Frère Diaz, fraîchement nommé vicaire de la Chapelle des Saints-Expédients, hérite d’une mission périlleuse : escorter la princesse héritière du trône de Styrie jusqu’à son couronnement. Les prétendants au pouvoir pullulent, tous déterminés à l’empêcher d’arriver à bon port. Pour l’accompagner, une bande de mercenaires peu orthodoxes, les fameux Diables, capables de renverser des armées entières.

Un démarrage prometteur

Premier contact avec Joe Abercrombie pour ma part, et je dois reconnaître que les premières pages tiennent leurs promesses. Frère Diaz débarque dans la capitale de l’Empire d’Occident et on découvre que la papesse n’est autre qu’une enfant. Cette uchronie d’une Europe médiévale alternative m’a immédiatement séduit.

L’introduction des compagnons de Diaz confirme cette bonne impression. Chaque personnage apporte sa couleur, leurs échanges crépitent d’humour noir et de réparties acérées. La première scène de combat achève de me convaincre : dynamique, bien rythmée, elle dévoile l’efficacité redoutable des Diables au combat.

Là où le bât blesse

Mais voilà. Ces qualités deviennent rapidement les principaux défauts du roman.

Des combats en série

Les scènes d’action s’enchaînent comme les épisodes d’une série Netflix. Spectaculaires, certes. Mais répétitives. J’ai eu l’impression de lire un patchwork de scène épiques sans véritable fil rouge pour les relier organiquement à l’intrigue. Abercrombie veut nous en mettre plein la vue, mais oublie de nous donner une raison d’y croire.

Pire encore : les Diables sont si dominants que la tension disparaît. Les antagonistes se font systématiquement ridiculiser. Les moments qui devraient être intenses deviennent de simples démonstrations de force sans conséquence réelle pour nos héros. Le danger n’existe pas. Aucune tension sur le résultat de leur quête.

L’humour qui tue… la tension

Les vannes entre personnages ? Hilarantes au début. Insupportables à la dixième. Puis carrément problématiques quand elles viennent systématiquement désamorcer chaque scène dramatique. Ce roman m’a rappelé les Gardiens de la Galaxie au cinéma : fun et rafraîchissant la première fois, mais quand le même schéma se répète pendant 500 pages, la formule s’essouffle.

L’auteur semble incapable de laisser respirer une émotion. Chaque moment grave se voit immédiatement neutralisé par une punchline. Au bout d’un moment, on ne prend plus rien au sérieux. Et c’est dommage, parce que le potentiel était là.

Des anti-héros qui n’en sont pas

Je comprends ce qu’Abercrombie tente de faire : nous montrer que les véritables monstres ne sont pas ceux qu’on croit. Le thème classique du Suicide Squad, version fantasy. On nous répète que les Diables sont des êtres sans foi ni loi, des créatures terrifiantes, mais leurs actes ne suivent jamais.

Ils sont présentés comme dangereux, imprévisibles, moralement ambigus mais dans les faits ils se comportent comme des mercenaires sympathiques avec un sens de l’humour bien affûté. Où sont les choix moralement douteux ? Les actes qui justifieraient leur réputation ? Les moments où leur nature « diabolique » devrait ressortir ?

Cette dissonance entre ce qu’on nous dit et ce qu’on nous montre crée une frustration constante. Abercrombie veut nous vendre des anti-héros sans assumer ce que cela implique. On se retrouve finalement avec des personnages édulcorés, parfaitement fréquentables, qui ne transgressent jamais vraiment les lignes qu’ils sont censés incarner. Encore une bande de gentils déguisés en méchants.

Une uchronie en trompe-l’œil

Parlons de l’éléphant dans la pièce : la prémisse. Un groupe d’aventuriers escortant une personne à travers un monde dangereux ? En 2025, ce pitch a été exploité dans tous les sens. Le Seigneur des Anneaux, The Witcher, des dizaines de jeux vidéo… On connaît la chanson par cœur.

L’argument de vente, c’était l’uchronie. Une Europe médiévale alternative où la papesse est une femme. Sur le papier, fascinant. Dans les faits ? Une simple inversion cosmétique, sans réel impact.

Abercrombie nous présente un monde où le pape est une fillette, mais refuse d’en explorer les conséquences. Comment une société patriarcale médiévale réagirait-elle vraiment à une femme à la tête de l’Église ? Quels bouleversements culturels, politiques, sociaux cela entraînerait-il ? Rien. L’auteur se contente de l’inversion de genre comme d’un gadget narratif, sans jamais s’embarrasser d’en creuser les implications.

C’est frustrant parce que c’était justement l’occasion de distinguer ce roman du millième récit d’escorte qui traîne en fantasy. Au lieu de ça, on se retrouve avec une uchronie de surface, un vernis qui aurait pu être retiré sans que l’histoire n’en souffre.

Disponible sur Amazon pour 26€

Le verdict

Les Diables est un roman techniquement bien écrit, avec des idées solides et des personnages attachants. Mais Joe Abercrombie a voulu créer une aventure légère et divertissante sans assumer ni les moments de gravité nécessaires à tout bon récit, ni la profondeur que son cadre uchronique réclamait. Le résultat ? Une œuvre qui manque de sérieux et d’ambition, malgré toutes ses qualités d’exécution.

De bonnes idées, mal exploitées. Une déception pour une première rencontre avec cet auteur pourtant encensé par la critique.


Avez-vous lu Les Diables ? Votre expérience a-t-elle été différente ? N’hésitez pas à partager votre avis en commentaire.

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.