Alléluia, j’ai enfin regardé Une bataille après l’autre, réalisé par Paul Thomas Anderson, PTA pour les intimes. Un film aux critiques presse et public dithyrambiques, couronné notamment par l’Oscar du meilleur film et celui du meilleur réalisateur. Rien que ça.
J’ai lancé le visionnage confiant. Malheureusement, c’est un gros raté.
Table des matières

Fiche Technique
- Réalisateur : Paul Thomas Anderson
- Casting : Leonardo DiCaprio, Sean Penn, Teyana Taylor, Benicio Del Toro
- Genre : Drame politique
- Durée : 2h30
- Récompenses : Oscar du meilleur film, Oscar du meilleur réalisateur
Un scénario en deux temps qui ne va nulle part
Une bataille après l’autre narre d’abord l’histoire d’une bande de révolutionnaires d’extrême gauche, avant d’opérer un saut temporel de seize ans pour se concentrer sur la vie de Bob Ferguson (DiCaprio), ancien membre du groupe French 75, qui élève seul sa fille depuis l’arrestation de sa femme lors d’un braquage raté.
Au vu de ce point de départ, on pouvait légitimement espérer un film au discours politique tranché. PTA se veut critique des extrêmes, de gauche comme de droite, mais le résultat est d’une platitude déconcertante, sans la moindre prise de risque. Je ne comprends pas bien où le réalisateur a voulu aller.
Des révolutionnaires qui ne révolutionnent rien
Les membres du French 75 n’ont de révolutionnaire que le nom. Chacun d’entre eux, placé sous une vulgaire menace, balance ses camarades sans hésiter. Leur cause pèse visiblement moins lourd que leur séjour en prison. Pour des révolutionnaires, c’est un peu balot.
Face à eux, une secte d’extrême droite se réunit dans des bunkers souterrains sous un quartier pavillonnaire. On croirait les méchants d’un vieux James Bond : tout est cliché, tout est ridicule. Ce groupe n’existe que pour incarner l’opposé symétrique du French 75, afin de nous signifier qu’au final, tous les extrêmes sont dangereux. Deux heures et demie de film pour ce discours de tweetos, j’ai envie de dire : tout ça pour ça.
Le principal problème, c’est l’absence totale de l’État comme acteur dramatique. Le colonel Lockjaw (Sean Penn), bras armé de l’institution, agit en électron libre, motivé par son seul intérêt personnel. Tout est fait pour éviter toute subversion réelle dans la critique des rapports de domination. Un film qui met en scène des gens qui veulent renverser le pouvoir en place, sans jamais critiquer ce pouvoir : c’est un paradoxe dont le film ne se relève pas.
DiCaprio sauve ce qui peut l’être
Heureusement, la mise en scène est excellente. PTA de ce côté-là déçoit rarement, et malgré un scénario bancal, on ne s’ennuie pas vraiment.
DiCaprio, dans le rôle de cet ancien militant complètement dépassé par son rôle de père, est remarquable. J’aurais pu le suivre deux heures de plus pour sa seule performance. Son personnage est aussi le mieux écrit du film : pathétique dans le bon sens du terme, attachant, avec de vraies scènes drôles, notamment celle où il est au téléphone avec le « service administratif » du French 75, confronté à quelqu’un qui se sent « oppressé par sa violence ». Ce passage joue avec finesse sur les codes du militantisme de façade, en décalage complet avec ce vieux révolutionnaire perdu dans son époque.
Les saillies de Bob du style « Viva la revolución » illustrent à merveille l’écart entre performance et action, et c’est là l’un des rares propos du film qui semble sincèrement construit.

Une écriture des personnages truffée de clichés
Teyana Taylor incarne Perfidia Beverly Hills, la femme de Bob : une cheffe charismatique, indépendante, forte, du moins c’est ainsi qu’elle est présentée. Puis elle balance ses coéquipiers sans résistance, trompe Bob avec le colonel Lockjaw, et cède à un chantage dont elle aurait pu se sortir sans peine, compte tenu de ses ressources et de celles de son groupe. Le personnage est fondamentalement incohérent. À cela s’ajoutent une hypersexualisation systématique et une accumulation d’allusions sexuelles qui finissent par peser lourdement sur le film.
Sean Penn, dans le rôle du colonel Lockjaw, est lui aussi un problème. Ses mimiques sont insupportables, son personnage est grotesque au point que tout danger ou toute tension s’évapore immédiatement. J’ai compris que c’était voulu, le film veut se moquer de cette figure. Mais le rendre aussi caricatural, c’est désamorcer complètement l’enjeu.
La seule vraie alternative : Sensei Sergio
Le personnage de Benicio Del Toro, Sensei Sergio St. Carlos, maître de karaté qui enseigne son art à la fille de Bob, détonne dans cet ensemble. À la tête d’un réseau d’aide aux sans-papiers remarquablement organisé, il représente une forme d’action concrète et silencieuse, à mille lieues du French 75 et de ses coups d’éclat. Les agissements du groupe finissent d’ailleurs par menacer directement ce réseau, ce qui constitue l’une des rares tensions dramatiques réellement intéressantes du film.
PTA semble vouloir ici opposer le militantisme performatif, bruyant, égocentré, finalement stérile, à l’engagement discret mais efficace. C’est une lecture pertinente. Mais elle reste trop timide, trop enfouie sous deux heures et demie de scènes inégales, pour réellement convaincre.
Conclusion : Un film qui se bat contre lui-même
PTA avait les outils pour faire quelque chose de grand. La mise en scène est là, DiCaprio est au sommet, et l’idée de fond n’est pas inintéressante. Mais Une bataille après l’autre reste un film qui refuse de prendre le moindre risque dans son propos, qui critique les extrêmes sans jamais toucher au centre, et qui construit ses personnages sur des fondations trop fragiles pour que le tout tienne.
Starship Troopers avait su noyer son message subversif dans un film de genre suffisamment bien construit pour que beaucoup ne le perçoivent pas. Une bataille après l’autre n’a ni cette subtilité ni cette ambition dissimulée. Ce qu’il nous dit, n’importe quel éditorialiste pressé l’a déjà dit en trois paragraphes.
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