Avec le final de Stranger Things, j’ai failli oublier d’écrire un article sur Pluribus, l’ovni de l’année 2025. Une série qui, au fil des épisodes, s’est hissée au sommet de ce qui s’est fait de mieux ces dernières années. J’avais déjà publié un article sur les trois premiers épisodes en restant prudent, car je voulais voir si la suite allait confirmer mes espoirs. Le verdict est tombé : c’est une claque monumentale.

Pluribus m’a littéralement retourné le cerveau avec son récit d’invasion extraterrestre « bienveillante » orchestrée par un virus reconstruit par des humains sans doute un peu stupides. La série impose son propre rythme, une lenteur assumée qui va totalement à l’encontre des tendances actuelles où tout doit être ultra rapide. Elle prend le temps de poser son propos, de déployer son univers et d’installer des enjeux profonds.

Pluribus
Pluribus

Carol Sturka et la symbolique des treize survivants

On suit Carol Sturka, cette autrice de best-sellers qui déteste sa vie et qui voit tout basculer avec l’invasion et la mort de sa femme, l’une des dernières humaines à être restée elle-même. D’ailleurs, avez-vous remarqué qu’il ne reste plus que treize humains non infectés dans le monde entier ? On ne peut s’empêcher d’y voir une référence assez directe : Carol comme une sorte de nouvelle messie accompagnée de ses douze apôtres. C’est une réflexion qui peut faire sourire, mais elle est assez naturelle quand on connaît le ton de Pluribus. À travers le globe, chacun d’entre eux est « chaperonné » par la nouvelle entité, créant un contraste saisissant entre ces quelques individus isolés et la masse de l’humanité transformée.

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Une série qui va vous faire poser plus de questions à la minute qu’un Julien Lepers (petit ange parti trop tôt) sous stéroïdes.

La chorégraphie du quotidien ou l’horreur dans la lumière

Un épisode m’a particulièrement marqué et illustre parfaitement la force de la mise en scène. C’est celui où Carol décide de faire des courses pour rester indépendante. Elle se rend dans un supermarché, l’indépendance incarnée pour être autosuffisant comme chacun le sait, mais manque de bol pour elle, le magasin est vide. Tous les produits ont été déménagés par la « ruche ». Lorsqu’elle leur demande de tout remettre en ordre, ils s’exécutent dans une sorte de chorégraphie totalement synchronisée. C’est une scène à la fois ultra lumineuse et presque comique, mais elle fait froid dans le dos parce qu’elle renforce cette idée qu’ils ne forment plus qu’un seul bloc. Cette déshumanisation par la perfection est terrifiante.

Mais que veut dire le mot « indépendant » dans une société comme la nôtre ? La série répond à merveille en montrant l’absurdité de la situation avec l’exemple du ramassage des poubelles. Carol veut être indépendante mais avec le confort, et ne pense pas aux choses invisibles du quotidien où chaque humain est interconnecté. Peut-on lui en vouloir ? Au final, nous sommes tous comme Carol sur ce point.

Les humains touchés par le virus ne sont plus des individus, ils forment une volonté commune, un esprit de ruche où l’individualité est détruite. On apprend même qu’ils dorment tous ensemble dans des stades ou des gymnases. Mais une question me taraude : que font-ils le reste de la journée ? Zosia, la chaperonne de Carol, explique que leur objectif est de répandre le virus dans la galaxie, mais cela ne peut pas occuper des milliards de personnes en permanence. Je vous l’ai dit, les questions vont fuser et ça fait du bien de voir une série qui ne vous prend pas pour un con. La dernière fois où je m’étais pris à autant spéculer sur la suite, c’était pour Game of Thrones.

Puis vient un moment où les humains infectés s’éloignent de Carol pour une raison que je ne divulguerai pas. Cette scène est visuellement très forte. Carol, qui a longtemps repoussé les autres, se voit ici confrontée à l’isolement et à la vraie solitude. On peut aussi y voir une illustration du fait que nous voulons uniquement nous entourer de personnes du même avis que nous et bloquer toute contradiction pour éviter toute personne dite « toxique » (mot qui avait un sens auparavant mais beaucoup trop utilisé pour un rien, ce qui lui a fait perdre de sa force, un peu comme le mot « red flag »).

Une réflexion sur notre solitude et l’amour universel

Pour moi, Pluribus est avant tout une réponse à ce que traverse l’humanité aujourd’hui. Nous n’avons jamais été aussi connectés techniquement, mais paradoxalement, les relations humaines se sont dégradées et la solitude n’a jamais été aussi forte. Le personnage de Carol, dépressive avant l’événement, se retrouve projetée dans un monde où l’humanité ne fait qu’un et semble heureuse, ce qui contraste complètement avec son état interne.

Ce qui est fascinant, c’est de voir que les humains encore « libres » n’arrivent même pas à s’entendre entre eux, alors que Carol finit par nouer une relation avec Zosia. Mais parler avec Zosia, c’est parler avec l’humanité entière. Leur relation amoureuse devient alors une liaison entre Carol et le collectif mondial, ce qui est assez bizarre à concevoir. La réalisation finale est brutale : à la fin de la saison, elle comprend qu’ils ne l’aiment pas de manière « traditionnelle ». Zosia lui avoue qu’ils l’aiment autant que Manousos, l’autre humain réfractaire. C’est un amour sans préférence, universel et désincarné, ce qui est peut-être la chose la plus effrayante de toute la série.

La bienveillance est-elle vraiment un piège ?

En tant que spectateur de la série, on tente de comprendre les réelles motivations de la nouvelle humanité qui, derrière leur beau discours et sourire, nous cachent leur vraie motivation. Mais peut-être que nous sommes trop habitués à lire entre les lignes de nos actes ?

Et si la « ruche » était seulement aussi bienveillante qu’elle le prétend, sans autre projet que d’aider nos survivants à intégrer cette nouvelle humanité ? Parce que selon eux, c’est réellement un progrès. C’est là toute l’ambiguïté de Pluribus : la série nous force à nous demander si notre méfiance n’est pas juste le reflet de notre propre cynisme humain.

Mon verdict final

Pluribus est une série qui va diviser, c’est certain. Son rythme lent et sa réflexion profonde sur l’humanité ne plairont pas à tout le monde. Mais si vous êtes prêts à vous laisser porter par son univers unique et sa mise en scène maîtrisée, vous vivrez une expérience de SF rare et marquante.

C’est clairement l’une des meilleures séries de 2025, et j’attends déjà une potentielle saison 2 avec impatience pour voir où tout ça va nous mener.

Et vous, vous avez vu Pluribus ? Qu’est-ce que vous en avez pensé ? Dites-moi tout en commentaire.


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