L’attente était immense pour les fans de la famille Shelby. Avec Peaky Blinders : The Immortal Man, l’ambition était claire : offrir une conclusion cinématographique digne de ce nom à l’épopée de Tommy Shelby. Si le long-métrage réussit le pari de nous replonger instantanément dans l’esthétique industrielle et vaporeuse qui a fait le sel de la série, le voyage laisse un goût amer. On y retrouve certes la photographie léchée et l’aura magnétique de Cillian Murphy, mais le scénario semble parfois trahir l’âme profonde des personnages que nous avons suivis pendant six saisons.

peaky blinders

Un casting amputé et des adieux en demi-teinte

Le premier obstacle majeur de ce film est l’absence de figures emblématiques. Le vide laissé par Paul Anderson, l’interprète d’Arthur Shelby, pèse lourdement sur l’intrigue. Le scénario justifie son absence par une mort hors-champ liée à ses addictions, un choix cohérent avec sa déchéance dans la saison 6, mais qui prive le spectateur de la dynamique fraternelle si centrale à l’œuvre. De son côté, Sophie Rundle, qui campe une Ada Shelby d’ordinaire si percutante, se retrouve ici reléguée au second plan. Sa disparition et ses funérailles manquent de l’envergure que méritait la véritable héritière intellectuelle du clan. Seule la scène de Tommy face au cadavre de sa sœur à la morgue parvient à capturer l’intensité dramatique d’autrefois, notamment lorsqu’il lâche, brisé, que tout le monde est mort sauf celui qui le désire vraiment.

Un rythme déséquilibré et une touche de mysticisme artificiel

Le film peine également à retrouver l’équilibre narratif qui faisait la force de la série. Là où la version télévisée maîtrisait une lenteur sous tension, The Immortal Man oscille entre deux extrêmes. Le début nous montre un Tommy Shelby plus torturé que jamais, errant dans sa propriété comme un spectre, avant que le récit ne s’emballe de manière précipitée. Ce changement de cadence intervient après l’introduction de Kaulo Chiriklo, la sorcière rom interprétée par Rebecca Ferguson. Son intégration au récit paraît malheureusement forcée, servant de prétexte mystique un peu grossier pour lier des éléments d’intrigue oubliés, comme cette sœur jumelle sortie de nulle part pour remplacer un personnage disparu.

Le fils de Tommy : une caricature du style Peaky Blinders ?

L’arc narratif entourant Duke, le fils de Tommy, constitue sans doute l’une des plus grandes déceptions. Bien que l’acteur soit talentueux, son personnage manque cruellement d’épaisseur. Il apparaît comme une pâle copie de son père, sans en posséder le génie ni la profondeur. On pourrait presque y voir une forme de satire de la part des scénaristes, une moquerie subtile envers ceux qui, dans la réalité, tentent d’imiter le style « Peaky Blinders » en se contentant de l’apparence sans en comprendre la substance. Son alliance éphémère avec les Nazis dans cette Angleterre de 1940 sous les bombes semble n’être qu’un artifice scénaristique pour tenter, en vain, de lui donner une légitimité qu’il n’a pas.

Une trahison psychologique et un passage de flambeau forcé

Le point de rupture définitif survient lors des révélations sur la mort d’Arthur. Apprendre que Tommy a tué son propre frère dans un accès de rage et de lassitude va à l’encontre de toute la psychologie du personnage construite durant des années. Tommy Shelby est un homme impitoyable, mais la famille a toujours été son ultime sanctuaire. Ce choix d’écriture prépare un final tout aussi contestable : le suicide de Tommy par les mains de son fils. Ce passage de flambeau entre deux êtres qui n’ont quasiment aucun lien émotionnel sonne faux. En voulant orchestrer une fin tragique, le film finit par forcer le trait, transformant ce qui aurait dû être un adieu légendaire en une conclusion artificielle.

L’univers s’étend : l’annonce de nouvelles séries

Malgré ce sentiment de fin inaboutie pour Tommy Shelby, l’univers des gangsters de Birmingham est loin de s’éteindre. En effet, Netflix et la BBC ont officiellement confirmé que la franchise allait perdurer bien au-delà de ce long-métrage. Deux nouvelles séries ont été commandées, marquant une volonté d’étendre la mythologie des Peaky Blinders à travers des spin-offs très attendus. L’un de ces projets devrait se concentrer sur les origines de la légendaire Polly Gray, tandis qu’un autre nous transportera à Boston au milieu du XXe siècle. Cette annonce explique peut-être pourquoi le film semble parfois précipité : il s’agit moins d’un point final que d’une transition vers une franchise plus globale, quitte à sacrifier la cohérence du héros originel sur l’autel du développement futur.

Conclusion : Un verdict en demi-teinte

En résumé, The Immortal Man reste une expérience visuelle forte qui ravira les amateurs de l’ambiance « Peaky », mais il risque de frustrer profondément les puristes. Si l’on y retrouve l’enveloppe charnelle de la série, son âme semble s’être envolée avec le départ des piliers historiques du clan. Avec les nouvelles séries à l’horizon, il ne reste qu’à espérer que ces futures itérations sauront retrouver la rigueur d’écriture qui a fait de la famille Shelby une légende de la télévision. Pour apprécier pleinement ce film, un conseil : revoyez l’intégralité de la série au préalable, sous peine de rester sur le quai d’une gare de Birmingham devenue bien trop mystérieuse.

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