La polémique autour du film Deep Cuts de A24 et de l’actrice Odessa A’zion vient de me rappeler pourquoi j’ai parfois envie de tout plaquer et d’aller élever des lamas en Patagonie (mince je ne suis pas Argentin). Mais bon, je me calme et je vous raconte.
Table des matières

Le casting qui a mis le feu aux poudres
Tout démarre avec l’annonce du casting du film Deep Cuts, adaptation du roman de Holly Brickley. Odessa A’zion décroche le rôle de Zoe Gutierrez, un personnage qui dans le livre est à moitié mexicaine et à moitié juive. L’actrice n’ayant aucune origine mexicaine. Internet s’enflamme, on crie au « whitewashing », et des dizaines d’acteurs et actrices latinos sortent une lettre ouverte pour dénoncer ce choix de casting.
On parle quand même de 145 personnalités qui montent au créneau, dont Eva Longoria, John Leguizamo, Jessica Alba et Melissa Barrera.
La logique poussée à l’absurde
Petit rappel des faits : dans le roman, Zoe est mexicaine ET juive. Donc selon la logique des détracteurs, Odessa A’zion serait pleinement légitime puisqu’elle est juive. Ou alors, on va vraiment au bout de la débilité et on cherche une actrice qui soit à la fois mexicaine ET juive ?
Je propose Claudia Sheinbaum, actuelle présidente du Mexique. Elle coche toutes les cases. Bon, elle a peut-être pas trop le temps de tourner, mais techniquement, ça marche.
Une polémique qui vient de partout
Ce qui me fascine (et me désole), c’est qu’avant, ce genre de scandale venait surtout de l’extrême droite. Maintenant, même les gens qui se disent progressistes s’y mettent. On fracture encore plus une société qui en a bien besoin.
Parce que soyons clairs : Zoe Gutierrez est un personnage fictionnel, pas une figure historique. Elle peut donc être jouée par n’importe quelle actrice, quelles que soient ses origines. C’est littéralement l’essence même du métier d’acteur, non ? Sinon, allons jusqu’au bout de la logique : un parrain de mafia doit être joué par un vrai parrain, un ouvrier par un véritable ouvrier. Absurde, vous voyez ?
Le syndrome Hermione Granger (et maintenant Hélène de Troie)
Ça me rappelle la polémique autour d’Hermione Granger dans la pièce de théâtre Harry Potter et l’Enfant maudit, jouée par Noma Dumezweni, une actrice noire. À l’époque, c’était déjà ridicule et par pur racisme. Aujourd’hui, c’est tout aussi ridicule, et le pire ? Odessa A’zion est attaquée par les mêmes personnes qui défendaient Noma Dumezweni. L’hypocrisie dans toute sa splendeur.
Et comme si ça ne suffisait pas, on a maintenant une polémique quasi identique avec The Odyssey de Christopher Nolan. Lupita Nyong’o, actrice oscarisée de Black Panther, jouerait Hélène de Troie (ou Clytemnestre, ou Athéna selon les rumeurs – bref, un rôle important). Et là aussi, internet s’enflamme. Les mêmes arguments : « Hélène était blonde aux yeux clairs », « c’est une insulte à l’auteur », « c’est historiquement inexact ». Elon Musk lui-même a tweeté que Nolan avait « perdu son intégrité ». Non, mais sérieusement. Ils se sont tous donné le mot ou quoi ?

Hélène de Troie est un personnage mythologique, pas historique. Elle n’a jamais existé. Homère l’a créée.
Et tenez-vous bien : des médias grecs ont soulevé un autre point, et celui-là est savoureux. Le casting de The Odyssey inclut Matt Damon (américain), Anne Hathaway (américaine), Tom Holland (britannique), Charlize Theron (sud-africaine), Zendaya (américaine), Robert Pattinson (britannique)… Mais zéro acteur grec. Pour un film basé sur L’ODYSSÉE. Le texte fondateur de la littérature grecque antique.
Alors maintenant, on attend la lettre ouverte d’acteurs et actrices d’origine grecque pour dénoncer leur invisibilité dans le cinéma américain. Parce que franchement, si on veut jouer au jeu de « qui peut jouer quoi selon ses origines », autant aller jusqu’au bout, non ? Pourquoi Ulysse n’est pas joué par un Grec ? Pourquoi tourner en Sicile et au Maroc mais pas en Grèce ? Ah oui, pardon, j’oubliais : ces règles ne s’appliquent que dans un seul sens.
The Studio avait tout prévu
Plus sérieusement, ce genre de scandale grotesque, qu’il vienne de l’extrême droite ou des progressistes, est extrêmement dangereux pour la liberté créative des studios. D’ailleurs, dans l’excellente série The Studio de Seth Rogen (RIP Catherine O’Hara), il y a un épisode intitulé « Casting » qui traite exactement de cette thématique et qui arrive à tourner tout ça en ridicule de façon brillante et drôle. L’épisode montre les studios qui essaient de naviguer entre les attentes du public, la fidélité à l’histoire et le risque de s’aliéner n’importe quelle communauté. C’est satirique, c’est inconfortable, et c’est exactement ce qu’on vit en ce moment.
Le retrait d’Odessa A’zion
Au final, face à la pression, Odessa A’zion a annoncé son retrait du projet. Elle a expliqué qu’elle avait auditionné pour le personnage de Percy (le rôle principal joué par Cailee Spaeny), mais que la production lui avait proposé le rôle de Zoe qu’elle avait accepté sans même avoir lu le roman Deep Cuts. Elle ne connaissait donc pas les origines du personnage.
Dans son message Instagram, elle a écrit : « Je suis avec VOUS TOUS et je ne fais PAS ce film. J’en suis désolée. » Une façon de montrer qu’elle a entendu les critiques, mais aussi de mettre en lumière un problème plus large : celui du système de casting à Hollywood.

Mon avis sur ce genre de polémique
Franchement, cette histoire me rend dingue. On se bat pour plus de diversité et de représentation (ce qui est légitime), mais on en arrive à un point où on crée des cases tellement strictes qu’on tue la créativité. Un acteur doit pouvoir jouer un personnage différent de lui, c’est son boulot. Sinon, on va où ?
Deep Cuts et The Odyssey sont des adaptations d’œuvres littéraires, les personnages peuvent être modifiés à volonté pour servir la vision de l’auteur.
Ce qui me dérange le plus, c’est l’hypocrisie. On défend la liberté artistique d’un côté, mais de l’autre, on impose des règles ultra-rigides sur qui peut jouer quoi. Et pendant ce temps, des actrices comme Odessa A’zion se retrouvent prises entre deux feux, attaquées pour avoir accepté un rôle qu’on leur a proposé.
Rappel de base : nationalité ≠ ethnie
Et puis, soyons clairs une bonne fois pour toutes : être mexicain, c’est une nationalité, pas une ethnie. On peut être blanc, noir, métis, asiatique et être mexicain. Le Mexique est un pays multiethnique, pas un bloc monolithique. Dans une Amérique secouée par les questions d’immigration, ce genre de polémique sert la soupe aux extrémistes de tous bords.
Encore plus drôle : dans le roman, Zoe est mexicaine et juive. Or, être juif, c’est bel et bien une ethnie (en plus d’être une religion). Tom Hardy a joué un juif dans Peaky Blinders, Michael Fassbender a joué Magneto (juif et survivant de la Shoah) dans X-Men. Personne n’a hurlé au scandale à l’époque. Pourquoi ? Parce que c’était des acteurs qui faisaient leur boulot.
Moi-même juif, je ne vois aucun problème à ce qu’un acteur ou une actrice non juif joue un personnage juif. C’est le principe même du métier d’acteur : incarner quelqu’un qu’on n’est pas. Sinon, on fait quoi ? On demande les papiers d’identité et l’arbre généalogique avant chaque audition ?
Le jour où on commencera à exiger qu’un rôle de meurtrier soit joué par un vrai meurtrier, peut-être qu’on réalisera l’absurdité de tout ça.
📬 Si t’as aimé cet article, ma newsletter pourrait te plaire.
Chaque dimanche : mes articles, ma revue de presse perso, mes découvertes. 1 email/semaine. 0 spam.



