Space opera vertigineux, personnages inoubliables et mystères qui vous hantent : pourquoi ce roman de SF française va vous retourner le cerveau.
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Certains livres vous attrapent et ne vous lâchent plus. Ils s’insinuent dans votre esprit, vous forcent à tourner les pages frénétiquement tout en redoutant d’arriver à la fin.
La Dernière Arche de Romain Benassaya est de cette trempe.
C’est un voyage vertigineux dans l’espace et le temps qui parvient à altérer notre conception même de la réalité, en tant que lecteur, mais aussi celle de ses personnages.
Aujourd’hui, je vais tenter de vous parler de ce livre de SF sans trop spoiler. Pourquoi ? Parce que ce roman fonctionne entièrement sur son mystère. Benassaya nous plonge volontairement dans une brume épaisse, un brouillard narratif qui se dévoile bribe par bribe.
En dire trop serait gâcher le plaisir de la découverte.
Mais si vous aimez les histoires qui vous posent mille questions, qui vous hantent jusqu’à la fin et même bien après, alors attachez vos ceintures.
Du space opera ambitieux (vraiment ambitieux)
Ce qui frappe d’emblée dans La Dernière Arche, c’est l’ambition. On n’est pas dans une petite nouvelle de science-fiction sympathique. On est dans le grand, le très grand space opera.
Benassaya déploie une toile narrative d’une ampleur folle : exploration spatiale, technologies futuristes, et des mystères qui semblent remonter à la nuit des temps. Littéralement.
L’histoire nous jette aux côtés de personnages issus de différentes périodes de l’histoire humaine, arrachés à leur temps par un homme énigmatique. Imaginez : une esclave de la Mésopotamie antique se retrouve face à une scientifique du XXIIe siècle.
Ce postulat, qui pourrait vite tourner au gadget et être « casse gueule », est ici traité avec une profondeur psychologique remarquable.
Ce mélange des époques n’est pas qu’un décor. Il est le cœur du cœur même du récit. Comment ces individus cohabitent-ils ? Quels sont leurs objectifs communs ? Et surtout, qui les a réunis et pourquoi ?

Double questionnement sur notre humanité
Le roman pose deux questions fondamentales qui s’entremêlent tout au long du récit.
Première question : Que se passe-t-il quand nous nous prenons pour Dieu ?
C’est la question principal de ce roman mais aussi le thème que Romain Benassaya explore dans sa saga avec Pyramide notamment.
Atim et Thema incarnent ce questionnement. Ils manipulent l’espace, le temps, la destinée de l’humanité… et les esprits eux-mêmes.
Leurs motivations sont troubles. Leurs pouvoirs immenses. Ils manigancent sur une échelle de temps qui nous est complètement étranger pour nous autre simple mortel.
Le roman explore cette arrogance typiquement humaine avec une finesse redoutable. Il ne se contente pas de montrer des « dieux » tout-puissants. Il s’intéresse aux failles, aux doutes, et aux conséquences monstrueuses de leurs actions.
Deuxième question : Qu’est-ce qui fait de nous ce que nous sommes ?
Une question aussi vieille que l’humanité, qui en amène d’autres :
- Sommes-nous maîtres de nous-mêmes ?
- Sommes-nous réellement libres ?
- Le libre arbitre existe-t-il vraiment ?
Ces questions répondent à la première. Elles sont le fil rouge de l’histoire que l’auteur nous raconte. Les personnages sont constamment poussés dans leurs retranchements, jusqu’à les faire douter du réel et nous faire nous questionner sur notre propre vie et réalité.
C’est une des raisons pour lesquelles la science-fiction est un de mes genres préférés : elle nous force à regarder notre humanité en face, à travers le prisme de l’extraordinaire.
L’exploration spatiale, le gigantisme des structures décrites, tout ça fonctionne à merveille et sert de cadre à cette réflexion philosophique sur notre propre nature.
Des personnages comme boussole dans le brouillard
Si l’univers est vaste et le mystère opaque, ce sont les personnages qui nous servent d’ancre.
Et quels personnages.
Benassaya confirme ici son talent pour l’écriture de protagonistes complexes et crédibles. Dans La Dernière Arche, ils sont plus que bien écrits : ils sont notre unique boussole.
Puisque le « lore » et la vérité du monde nous sont cachés, on se raccroche à eux. On veut savoir à tout prix leur passé, comprendre la vérité qui se cache derrière leurs actions, démêler leurs traumatismes et leurs espoirs.
Chaque personnage porte en lui une partie du puzzle. Leurs interactions, souvent tendues, sont chargées de sens. On observe leurs alliances, leurs trahisons, leurs moments de vulnérabilité avec une attention décuplée.
L’auteur parvient à nous faire ressentir leur désorientation, leur peur, mais aussi leur incroyable résilience. On ne lit pas seulement leur histoire. On vit leur quête de sens à leurs côtés.
Et c’est là que Benassaya nous tient. En nous attachant si fort aux personnages, il s’assure qu’on ne lâchera pas le livre. On doit savoir ce qui va leur arriver, et par extension, on doit comprendre la vérité de cet univers fou.
L’auteur a réussi à installer un sentiment de suspicion constant. On doute de tout le monde, jusqu’au personnage principal qu’on suit.
Faut-il avoir lu Pyramide avant ?
Parlons maintenant d’un point important : le lien avec Pyramide, le précédent roman de l’auteur.
Oui, La Dernière Arche fait des connexions claires et directes avec cet ouvrage. Les deux livres partagent le même univers, et plus on avance dans La Dernière Arche, plus les fils se rejoignent.
Alors, la question : faut-il avoir lu Pyramide avant ?
Ma réponse est nuancée, mais je vais être honnête : je vous le conseille très fortement.
Est-ce bloquant si vous ne l’avez pas fait ? Non. Benassaya est suffisamment habile pour que La Dernière Arche puisse s’apprécier comme une histoire (presque) indépendante. Vous comprendrez l’intrigue principale, vous vibrerez pour les personnages, vous serez soufflé par le voyage.
Mais.
Si vous n’avez pas lu Pyramide, vous passerez à côté d’une couche entière de compréhension. Vous manquerez des échos, des références, et surtout, le plaisir de revoir des personnages mais j’en dis pas plus.
Pour être tout à fait clair : la dernière partie du livre prend une dimension absolument vertigineuse quand on a les clés de Pyramide en main. Les événements résonnent avec ce qu’on a appris précédemment, et l’impact final est décuplé.
Donc, mon conseil : faites-vous plaisir. Lisez Pyramide d’abord. Vous ne le regretterez pas, car c’est déjà un excellent livre en soi. Enchaîner avec La Dernière Arche vous offrira une expérience de lecture d’une cohérence et d’une ambition rares.
Où Acheter :
Amazon | Fnac | Cultura | Librairie de quartier (recommandé)
Mon verdict : 7/10
J’ai commencé cet article en parlant de mystère, et c’est là que le livre puise toute sa force.
Romain Benassaya entremêle les époques, les points de vue et les révélations avec une maîtrise de chef d’orchestre. Il nous garde constamment dans cette brume épaisse, ne lâchant ses indices qu’au compte-gouttes, nous laissant échafauder des théories qui s’effondrent les unes après les autres.
Ce qui fonctionne :
- Du space opera ambitieux qui n’a pas à rougir face aux maîtres anglo-saxons
- Des personnages inoubliables qui portent toute l’intrigue
- Des réflexions profondes sur le temps, la mémoire et l’hubris
- Un mystère qui vous hante bien après avoir refermé le livre
Ce qui m’a moins convaincu :
- Certains passages peuvent sembler un peu trop opaques (mais c’est assumé)
- Le rythme est parfois inégal, beaucoup d’événements se répètent
- Des passages trop survolés
Avec La Dernière Arche, et en bâtissant un univers renversant commencé avec Pyramide (et poursuivi depuis avec Terrariums), Romain Benassaya ne fait pas que confirmer son talent.
Il confirme qu’il est sur la voie royale pour devenir, si ce n’est déjà le cas, le patron de la science-fiction française contemporaine.
Il a l’ambition, la plume et la maîtrise narrative pour nous emmener très, très loin.
Si vous cherchez un roman qui vous retourne le cerveau et vous fait lever les yeux vers les étoiles en vous posant des questions fondamentales, ne cherchez plus.
Vous l’avez trouvé.
Note finale : 7/10
Recommandé si vous aimez : Space opera ambitieux, mystères narratifs, personnages complexes, SF française qui envoie du lourd
À éviter si : Vous préférez les récits linéaires et explicites, vous détestez être dans le brouillard pendant 300 pages
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