La Nuit des Temps de René Barjavel. Un classique de la SF française qu’on ne présente plus. Aux avis dithyrambiques que, malheureusement, je ne peux partager et pourtant je suis un grand fan de roman sf.

Avant de vous expliquer pourquoi je n’ai pas apprécié cette lecture, une petite description pour les personnes qui ne connaîtraient pas s’impose.


De quoi ça parle ?

couverture du livre la nuit des temps de René Barjavel

La Nuit des Temps est un roman de science-fiction sorti en 1968, écrit par René Barjavel.

L’histoire met en scène une équipe d’expédition française en Antarctique qui fait une découverte sans précédent et qui va changer la vision qu’on se fait de l’humanité. Cette découverte se trouve profondément enfouie sous la glace.

Je m’arrête ici pour ne pas trop divulgâcher, comme on dit au pays du camembert.

Mais derrière cette intrigue mystérieuse se cache une histoire d’amour qui dépasse le temps et l’espace. Passons directement aux points positifs, parce que oui, il y en a.


Les points positifs

Le suspense est très bien géré. Les mystères autour de la découverte de corps humains vieux de 900 000 ans sont sagement et méticuleusement bien amenés. On veut absolument savoir la suite, ce qui en fait un très bon page-turner, même si on voit venir le déroulement de la trame et les quelques plot twists du récit.

L’écriture est pour moi le principal atout et sauve ce livre. Un style poétique, très figuratif, et des envolées lyriques viennent ajouter un côté grandiloquent à la romance, même si elle tombe très vite à l’eau (désolé René). C’est ce qui m’amène aux points négatifs.


Ce qui m’a posé problème

Le principal problème est la vision de la femme, une chose qui nous frappe dès les premières descriptions du personnage d’Éléa, une des deux personnes bloquées dans la glace. L’auteur insiste beaucoup trop sur son physique, sur « ses seins parfaits« . Je vous mets ci-dessous un petit extrait pour vous donner un aperçu :

Et dans chacun de ces blocs se trouvait un être humain couché […]

Les jambes de la femme étaient jointes. Ses mains ouvertes reposaient l’une sur l’autre juste en dessous de sa poitrine. Ses seins étaient l’image même de la perfection de l’espace occupé par la courbe et la chair.

Vous pouvez voir la plume de l’auteur qui est très belle, comme je le disais un peu plus tôt, mais tout ce lyrisme pour décrire le corps d’Éléa devient très vite lourd et dérangeant.

Et encore, s’il n’y avait qu’un seul passage comme celui-ci, j’aurais pu passer outre. Mais l’auteur, dès qu’il a l’opportunité de nous décrire combien Éléa est parfaite (uniquement son corps, bien entendu), ne s’en prive pas.

La romance plate

En parlant d’Éléa, la romance entre elle et Païkan nous est narrée à l’aide d’un appareil qu’elle avait en possession et qui peut lire les souvenirs et les retransmettre en images. De cette façon, la mystérieuse femme âgée de 900 000 ans partage avec les scientifiques ses souvenirs, sa ville, son amour, ses secrets les plus intimes.

Petite digression ici pour dire que René Barjavel a de très bonnes idées de science-fiction : cet appareil, la capsule d’or où étaient pris au piège Éléa et le deuxième humain, etc. Ce sont de très bonnes idées, mais malheureusement ce n’est pas ce qui intéresse l’auteur en premier lieu. Même si pour nous, lecteurs de 2025 habitués à la science-fiction, elles peuvent nous paraître assez convenues.

Je reviens à la romance. L’auteur veut créer une histoire d’amour tellement puissante qu’elle survivra au temps et à l’espace, mais malheureusement celle-ci reste plate. On peine à voir quel lien les unit au-delà du fait qu’ils ont été « choisis » par “un ordinateur omniscient.”

L’intérêt que portent les hommes sur Éléa est purement physique. L’intérêt des femmes pour les hommes est principalement dû à leur supposée intelligence. On en revient donc à des clichés genrés qui n’ont pas bien vieilli.

Simon, ou l’amour au premier regard (littéralement)

Pour rajouter une couche, Simon, membre de l’équipe de recherche internationale, tombe éperdument amoureux d’Éléa. Je vous laisse lire le passage de sa première rencontre avec elle :

Je suis entré et je t’ai vue.

Et j’ai été saisi aussitôt par l’envie furieuse, mortelle, de chasser, de détruire tous ceux qui, là, derrière moi, […] attendaient de savoir et de voir. Et qui allaient TE voir, comme je te voyais.

Et pourtant, je voulais aussi qu’ils te voient. Je voulais que le monde entier sût combien tu étais, merveilleusement, incroyablement, inimaginablement belle.

Te montrer à l’univers, le temps d’un éclair, puis m’enfermer avec toi, seul, et te regarder pendant l’éternité.

Un coup de foudre, je veux bien, mais ici c’est totalement différent. Les paroles de Simon sont sans équivoque : il parle d’un amour avec un grand A, il en devient jaloux, et ce sans jamais avoir pu converser, découvrir, apprendre à la connaître.

Simon a vu une « créature » d’une beauté sans pareille et aux « seins parfaits ». Voilà qui résume parfaitement la vision de la femme que René Barjavel pouvait avoir.


Pour conclure

Je comprends parfaitement pourquoi ce livre a marqué son époque et je ne peux pas dire que j’ai détesté la lecture, mais tous les points que j’ai listés m’ont empêché de l’apprécier pleinement et à sa juste valeur.

Beaucoup nous le vendent comme un « classique », mais je suis désolé, je ne peux pas partager cet avis. En effet, un classique ne se démode pas et reste d’actualité même après 60 ans. C’est ce qui classe les différentes œuvres ou non dans cette catégorie.

Pour comparer : cette année, j’ai aussi lu Les Contes Cruels de Villiers de L’Isle-Adam, sorti en 1883, et il aurait tout aussi bien pu sortir à notre époque tant il est encore d’actualité dans le traitement de ses sujets.

D’ailleurs, il y a une nouvelle à l’intérieur, avec une histoire d’amour hautement mieux écrite et construite. Le temps n’est pas forcément une excuse recevable.

Pour réellement conclure : je ne peux que vous conseiller de vous faire votre propre avis en le lisant.

PS : Si ce sujet vous intéresse, j’ai aussi écrit d’autres articles :

Ma critique de Gagner la guerre

Pourquoi la Femme de ménage est un mauvais livre

Je serais curieux de savoir si vous l’avez lu ? Et qu’en avez-vous pensé ?

Lien utile :

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  • Une histoire d’amour dans un univers de science fiction ? Je vous recommande ce roman sf  » La maison des soleils« 
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