De plus en plus, on voit l’IA intégrée partout, et ça commence sérieusement à m’inquiéter pour mon avenir professionnel. Les emplois sont-ils en danger ?
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Hier, je vous parlais de ma crainte au sujet de l’IA dans le secteur de l’art et plus spécifiquement dans le monde de l’image (illustration, concept art, etc.). Un domaine qui me touche particulièrement : j’ai en effet décidé de me réorienter en tant que concept artist, comme vous le savez maintenant.
Voir une entreprise comme Electronic Arts et Stability AI passer un accord pour soi-disant donner « plus de moyens aux artistes » ne me rassure pas. Au contraire.
Mais l’industrie du jeu vidéo et du cinéma ne sont pas les seuls touchés par ce chamboulement.

Les licenciements s’accumulent (et on nous ment)
Il y a quelques jours, j’ai lu comme beaucoup de monde qu’Amazon compte licencier 15 000 personnes. L’entreprise dément que cette restructuration soit la cause de l’IA, mais difficile de les croire quand cette même entreprise engrange des revenus colossaux.
Et ce ne sont pas les seuls.
YouTube a annoncé elle aussi une restructuration autour de l’intelligence artificielle et, dans le même temps, un plan de « départ volontaire ». Traduction : des licenciements déguisés.
Le monde de la musique n’est pas épargné. Les grandes entreprises du secteur comme Spotify font des choix qui vont dans le même sens. Spotify a conclu des accords avec les grandes maisons de disques (Universal Music, Warner Music, Sony Music) pour créer des outils basés sur l’intelligence artificielle et « aider les artistes à concevoir des musiques ». Exactement le même discours qu’OpenAI et autres entreprises du secteur.
En parlant d’Universal, ces derniers ont annoncé hier la création d’une plateforme de création par IA (encore une) avec l’aide de la start-up Udio, un des leaders du secteur. Eux aussi nous disent concevoir des outils « éthiques » pour mieux nous rassurer, mais difficile de les croire quand ces mêmes IA sont entraînées avec le contenu d’artistes humains, même s’ils s’en défendent, et vu le déferlement d’œuvres musicales qui nous attend.
Le schéma est toujours le même : on embauche à tour de bras pour développer ces outils, puis on supprime la main-d’œuvre humaine qui a contribué à creuser sa propre tombe.
« L’IA ne va pas créer de chômage de masse » (vraiment ?)
L’entreprise Palantir, par son directeur de la technologie Shyam Sankar, nie l’idée que l’intelligence artificielle va conduire à un chômage de masse. Il affirme par ailleurs que l’IA est « comme un superpouvoir » qui rendra les employés « 50 fois plus productifs » et non les remplacer, comme le craignent plusieurs personnes dans le monde (dont moi).
Il argue même que l’apocalypse dans le monde du travail n’est qu’une volonté de certaines personnalités à créer un sentiment d’urgence et de peur. La même rhétorique que les climatosceptiques, et on a bien vu où ça nous a menés.
Mais si on prend l’argument de Shyam Sankar à la lettre, nous serons donc beaucoup plus productifs.
Alors quel intérêt pour les entreprises de garder un grand nombre de salariés ?
Si un tiers des employés (et je suis gentil) peut faire le même travail en dix fois moins de temps grâce à l’IA, pourquoi garder tout le monde ?
La logique est implacable : plus de productivité = moins de salariés nécessaires = plus de profits.
Nous surproduisons déjà. À quoi bon continuer ?
Nous vivons dans un monde où nous surproduisons et surconsommons. Avoir des milliards d’œuvres en plus générées par IA, quel est donc l’intérêt ?
Nous sommes déjà dans l’incapacité physique de tout écouter, tout voir, ou tout lire. Il faudrait des millions d’années à l’humanité tout entière pour consommer ce qu’on produit actuellement.
Alors pourquoi en rajouter ?
Pour enrichir quelques entreprises. Voilà la seule réponse qui me vient en tête et celle qui est la plus proche du réel, à mon humble avis.
L’IA n’est pas le problème, c’est son utilisation
Je ne suis pas contre les innovations, le progrès technique et donc l’intelligence artificielle. Étant ancien développeur et passionné par l’informatique et la tech en général, je suis fasciné par ces avancées.
L’IA n’est pas mauvaise en soi, c’est simplement un outil. Elle peut être bénéfique : l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la médecine, capable de détecter des cancers ou autres maladies bien avant leur apparition. Ou même dans l’art comme outil créatif, je ne suis pas hermétique à cette idée.
Mais il y a un GROS mais.
Le problème, c’est la manière dont elle est déployée : sans régulation, sans protection des travailleurs, sans compensation pour ceux dont le travail a servi à entraîner ces modèles.
Les entreprises privatisent les profits et socialisent les pertes. Elles s’enrichissent sur le dos des créateurs, puis licencient massivement.
Le silence assourdissant de nos politiques
On parle dans le débat public de la problématique environnementale de l’IA (ça l’est, et c’est important). Mais jamais du tort que cela va engendrer pour beaucoup d’entre nous sur le plan professionnel.
Notre président Emmanuel Macron est très enthousiaste face à cette rupture technologique, comme beaucoup de politiques et d’industriels à travers le monde. Mais jamais, ou alors très rarement, la question de l’avenir du travail dans nos sociétés n’est posée sérieusement.
C’est paradoxal : nos hommes et femmes politiques, représentants du peuple, n’ont pourtant jamais réellement été porte-parole de cette crainte qui monte, surtout chez les adolescents et jeunes adultes.
J’ai vu beaucoup de posts sur les réseaux sociaux exprimant cette anxiété, mais aucune réponse n’est apportée. Pire encore : la question n’est même pas posée dans les plus hautes instances.
Pourquoi ce silence ?
Parce que les géants de la tech ont un pouvoir d’influence colossal. Parce que les politiques ne comprennent pas (ou font semblant de ne pas comprendre) l’ampleur du bouleversement.
« Formez-vous » : la réponse hors-sol
Alors on fait quoi ?
Beaucoup nous diront de nous adapter, nous former, etc. Une réponse pour le moins laconique et surtout, à mon humble avis, complètement hors-sol.
L’intelligence artificielle est un outil qui simplifie les tâches, donc augmente notre « productivité » — la sacrosainte productivité, j’ai même envie de dire.
On peut se former à l’infini, ce que j’ai fait plusieurs fois, et croyez-moi, c’est assez difficile de trouver un emploi dans un monde du travail où le diplôme et l’expérience dans un domaine précis ont la priorité. Rien n’est adapté pour le changement qui s’annonce.
Se former vers quoi, exactement ?
Si l’IA peut tout faire (ou presque), vers quel métier se reconvertir ? Les emplois « refuges » d’aujourd’hui seront les emplois automatisés de demain.
Et les différentes informations de ces derniers jours témoignent de cette crainte fondée.
Je n’ai pas de solution miracle
Je n’ai pas la réponse, sincèrement.
Dans mon précédent article sur l’IA et le concept art, je parlais du retour aux arts traditionnels face au numérique, mais ce n’est que spéculation. Et le marché de l’art physique est, pour le moins, ultra-saturé.
Certains parlent de revenu universel comme Bernard Friot, d’autres de taxer les robots. Mais concrètement ? Rien de tangible à l’horizon.
Ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut pas continuer comme ça : laisser les entreprises automatiser massivement sans aucune contrepartie pour les travailleurs dont elles détruisent les emplois.
Des pistes que je vois :
- Des régulations strictes sur l’utilisation de l’IA dans le travail
- Une compensation pour les artistes/créateurs dont le travail a entraîné ces modèles
- Un débat démocratique sur l’avenir du travail dans nos sociétés
- Des alternatives économiques : réduction du temps de travail, revenu universel, taxation des profits issus de l’automatisation
Mais pour l’instant ? Rien. Le silence radio.
Nous devrions tous avoir peur (sans être tétanisés)
Je sais que c’est un article pessimiste, mais il reflète mon état d’esprit actuel.
Se former pendant de longues années, puis s’apercevoir qu’il n’y a plus (ou très peu) de travail, ça m’a scié les jambes. Heureusement que je suis assis devant un ordinateur la plupart du temps 😅
Mais avoir peur n’est pas être tétanisé. C’est au contraire être lucide. Et cette lucidité doit nous pousser à exiger des réponses de nos dirigeants, à défendre nos droits en tant que travailleurs, et à refuser cette fatalité qu’on nous vend.
L’IA va bouleverser le monde du travail. C’est inévitable. Mais comment on l’accompagne, comment on protège les gens, comment on redistribue les richesses créées par ces outils… ça, c’est un choix politique.
Et pour l’instant, ce choix n’est même pas débattu.
On nous dit « adaptez-vous ». Je réponds : « et après ? Quand il n’y aura plus rien à quoi s’adapter ? »
Conclusion : il est temps d’en parler
Cet article n’est pas une solution. C’est un cri d’alerte.
Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve. Je ne sais pas si je trouverai un jour un emploi en tant que concept artist. Je ne sais pas si je vais devoir tout recommencer à zéro dans un autre métier.
Mais ce que je sais, c’est qu’on ne peut plus ignorer le problème.
L’IA n’est pas juste une « disruption » excitante pour investisseurs en capital-risque. C’est une menace existentielle pour des millions de travailleurs.
Et si on ne fait rien maintenant, on se réveillera dans 5 ans avec un taux de chômage explosé et aucune solution en vue.
Et vous ?
Avez-vous peur de perdre votre emploi ou de ne pas en trouver un ?
Dites-moi en commentaire :
- Votre secteur d’activité
- Si vous voyez l’IA arriver dans votre métier
- Ce que vous pensez qu’il faudrait faire (politiquement, économiquement)
Partageons nos craintes et nos idées. On est tous dans le même bateau, autant en parler franchement.




