Bon, je vais pas vous faire languir plus longtemps : j’ai été déçu par le nouveau Frankenstein de Guillermo del Toro sur Netflix. Surtout qu’avec les retours que j’avais lus brièvement, ça m’avait paru être un bon signe. Raté.

Attention, je dis pas que le film est nul. Il a même des vraies qualités, à commencer par un casting qui survole littéralement l’écran. Oscar Isaac est juste parfait en Viktor Frankenstein, son interprétation porte le film sur ses épaules. À ses côtés, l’excellent Christoph Waltz et la présence trop brève mais magnétique de Charles Dance, qui en quelques minutes impose un charisme fou.

Mention spéciale aussi à Mia Goth dans le rôle de la fiancée de Frankenstein : elle joue très bien, mais son personnage est malheureusement cantonné au rôle de « la femme de ». Dommage, elle méritait mieux.



Un délice visuel… mais pas que

Faut quand même le dire : les décors et les costumes sont sublimes. Le laboratoire de Viktor au début du film est juste un régal pour les yeux, cette ambiance gothique, cette direction artistique léchée, on sent la patte de del Toro. Les costumes aussi sont magnifiques, chaque détail est pensé.

C’est d’ailleurs tout le paradoxe du film : visuellement, c’est impeccable (enfin, presque… j’y reviens). Mais ça ne suffit pas à compenser les problèmes de fond.

Une origin story interminable pour 2h30 de longueurs

Parce que première grosse erreur du film : son introduction beaucoup trop longue. On connaît tous l’histoire de Frankenstein, même sans avoir lu l’œuvre de Mary Shelley. Alors pourquoi nous infliger une mise en place qui n’en finit pas ?

2h30 de film, c’est beaucoup. Beaucoup trop. Et on le sent. Raccourcir le début pour mieux développer les autres parties du film (celles qui comptent vraiment) aurait été bien plus judicieux. Parce que là, on passe un temps fou sur des éléments qu’on connaît déjà, pendant que les vrais enjeux du récit sont à peine effleurés.

Viktor Frankenstein : le seul personnage qui marche vraiment

Et c’est d’ailleurs assez paradoxal : le seul personnage vraiment intéressant, c’est Viktor Frankenstein lui-même. Avec son côté arrogant, passionné, qui n’hésite pas à draguer la future femme de son frère… c’est un mec détestable à souhait, qui incarne tout ce qu’il y a de pire dans l’humanité. Et pourtant, c’est le personnage qu’on retient le plus.

C’est d’autant plus étrange que dans le cinéma de del Toro, les monstres ont généralement la part belle. Ils sont mieux traités, plus développés, plus touchants. Là, c’est l’inverse : la créature est fade, et c’est le « vrai monstre » (Viktor) qui capte toute notre attention. Oscar Isaac y est évidemment pour beaucoup, mais ça montre quand même un déséquilibre dans le traitement des personnages.

Des idées intéressantes… mais sous-exploitées

Le film a quelques bonnes idées, comme raconter l’histoire du point de vue du monstre. Sauf que c’est à peine exploité, et ça finit par ressembler à un gadget marketing plutôt qu’à un vrai parti pris narratif.

Et puis, parlons-en de la « bête ». Son design est… horrible. Mais pas dans le bon sens du terme. C’est beaucoup trop sage, ça manque cruellement de créativité. J’avais l’impression de regarder l’Ingénieur de Prometheus version low-cost. Quand on connaît le travail de del Toro sur Le Labyrinthe de Pan ou même son Pinocchio en stop-motion (également sur Netflix), on s’attendait à beaucoup mieux de ce côté-là. Et c’est d’autant plus frustrant que le reste de la direction artistique est impeccable.

Le cœur du roman… en surface

La moelle du roman de Mary Shelley est bien là : le questionnement sur l’hubris de l’humanité, cette volonté de défier la mort (un thème qui m’a d’ailleurs marqué dans le dernier bouquin que j’ai lu). Et cette question centrale : qui est vraiment le monstre dans l’histoire ?

Sauf que ces questions restent en suspens du début à la fin. Elles ne sont jamais vraiment explorées, juste effleurées.

La séquence où le monstre se cache dans une ferme et tisse des liens avec un vieil homme aveugle est bien amenée, même si c’est pas franchement subtil. Bon, on comprend : le vieil homme est aveugle, donc il ne voit pas la différence, blablabla. Le propos sur l’acceptation et la tolérance est un peu cliché et manque clairement de finesse. Mais c’est surtout que cette partie aurait mérité plus de temps, plus de profondeur, pour qu’on s’attache vraiment à leur relation. Avec 2h30 à disposition, c’est quand même un comble de ne pas avoir su donner de l’espace aux moments qui comptent.

Et puis il y a cette histoire avec les loups. Franchement, c’était nécessaire ? On a bien compris la critique sur l’humanité de l’œuvre originale, pas besoin de nous la réexpliquer aussi frontalement. Le parallèle loups/hommes, qui est le vrai monstre, toussa toussa… c’est lourd et ça n’apporte rien. Del Toro nous prend un peu pour des idiots sur ce coup-là.

Pareil pour la partie où Viktor « chasse » la bête jusqu’aux confins du monde. On ne comprend jamais vraiment les motivations du monstre : il veut mourir parce que sa vie n’a pas de sens sans compagnie… mais pourquoi fuit-il alors ? Et puis, la rédemption finale (le pardon que la bête accorde à Viktor, son « père ») arrive comme un cheveu sur la soupe. Fallait bien finir le film, hein.

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Le verdict

Au final, Frankenstein brille par son casting (surtout Oscar Isaac), sa direction artistique soignée… mais s’éteint aussitôt avec un scénario qui ne va jamais au bout de ses idées et une durée qui joue clairement contre lui. C’est frustrant, parce qu’il y avait clairement matière à faire quelque chose de puissant. Mais entre une intro qui s’éternise, des thèmes sous-développés mais traités sans subtilité, un design de créature décevant (alors que tout le reste est sublime), et une narration qui tourne en rond, le film ne laisse qu’une impression de gâchis.

Del Toro peut mieux faire. On l’a déjà vu faire mieux.


Mon avis : À voir si vous êtes fan du casting ou de la direction artistique, mais ne vous attendez pas à retrouver la subtilité narrative habituelle du réalisateur. Et prévoyez du café, c’est long.

Disponibilité : Netflix depuis le 7 novembre 2025
Note : 6,5 / 10
Durée : 2h30
Œuvre Originale : Frankenstein de Mary Shelley


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