La science-fiction nous l’avait promis, la réalité est en train de le faire. Pendant que les intelligences artificielles à la Jarvis (iron man) envahissent notre quotidien et font la une de tous les médias, une autre technologie avance dans l’ombre : l’exosquelette. Elle fait beaucoup moins parler d’elle, mais ses usages sont tout aussi importants, voire plus concrets.

Certes, nous sommes encore loin de l’armure de combat de Tom Cruise dans Edge of Tomorrow ou du costume d’Iron Man. Mais dans le bâtiment, l’industrie ou même l’armée, ces équipements commencent déjà à soulager les dos et à réduire la pénibilité du travail. Et non, ce n’est pas de la science-fiction, c’est du concret.

exosquelette dans edge of tomorrow
On est encore loin de ce genre d’exosquelette (edge of tomorrow)

C’est quoi au juste, un exosquelette ?

Un exosquelette, c’est un dispositif qui vient assister le corps humain dans ses mouvements. Il peut être motorisé (on parle d’exosquelette actif) ou mécanique (passif), utilisant simplement des ressorts, des élastiques ou des systèmes de leviers pour réduire l’effort musculaire.

L’objectif ? Apporter une assistance physique pour des besoins variés : militaire, industriel, médical (pour des personnes à mobilité réduite) ou même sportif et même des entreprises qui ciblent l’usage quotidien.

exosquelette passif
Un exemple d’exosquelette passif

Les modèles existants : du passif au high-tech

Dans l’industrie et la logistique

Mawashi : la mécanique pure à la québécoise

Des entreprises se sont spécialisées assez tôt dans ce domaine. C’est le cas de Mawashi, une société québécoise qui a fait le pari du tout-passif. Pas de moteur, pas de batterie, juste de la bonne vieille mécanique. Leur secret ? Des systèmes à ressorts et élastiques qui redistribuent les efforts avec plus d’efficacité.

Le plus cool ? Leurs exosquelettes ne sont pas juste réservés aux ouvriers. L’armée française les a testés sur le terrain : le 1er régiment de chasseurs parachutistes, le 17e régiment de génie parachutiste et le 13e bataillon de chasseurs alpins ont validé le concept en conditions réelles. Quand un parachutiste te dit que ton produit tient la route, c’est que c’est du solide.

La French Tech s’en mêle

En France, on n’est pas en reste. La start-up Human Mechanical Technologies (HMT) développe une gamme complète avec des noms qui sonnent bien : Wave pour le dos, Plum’ pour les bras, Japet W+ pour les lombaires ou Moon pour la nuque.

La société Sonamia, elle, a fait confiance à l’allemand German Bionic en introduisant début 2025 quatre de leurs modèles (Apogee, Cray X et Exia) pour assister ses opérateurs. German Bionic, c’est un peu le Tesla de l’exosquelette : motorisé, connecté, et avec une belle dose de tech embarquée.

Les gros industriels s’y mettent aussi

Chez Safran et Renault, on ne rigole pas avec l’ergonomie. Des modèles légers assistent les bras des opérateurs lors des manœuvres au-dessus de la tête, et le résultat est parlant : 40 % de réduction des troubles musculo-squelettiques. Pas mal pour un équipement qui pèse quelques kilos, non ?

D’autres acteurs majeurs jouent aussi dans la cour :

  • Ottobock (Allemagne) avec le Paexo Shoulder et le Paexo Back, ultra-légers et utilisés dans l’automobile
  • Ekso Bionics avec l’EksoVest, devenu la référence dans l’aéronautique
  • Hilti avec l’EXO-S, taillé pour la construction et les chantiers

Dans le domaine médical

Quand la tech redonne la marche

C’est peut-être là que les exosquelettes sont les plus impressionnants. On parle de personnes qui ne pouvaient plus marcher et qui se retrouvent debout. Ce n’est pas une promesse d’un produit dans 10 ans mais bel et bien disponible aujourd’hui.

Ekso Bionics a frappé fort avec l’EksoNR, le premier exosquelette médical approuvé par la FDA américaine pour les blessures cérébrales acquises, les AVC, la sclérose en plaques et les lésions médullaires. Plus de 300 dispositifs tournent déjà dans plus de 30 pays. C’est énorme.

ReWalk Robotics, pionnière du genre, s’est spécialisée dans les exosquelettes pour personnes paraplégiques. Leur ReWalk Personal 6.0 permet littéralement aux personnes en fauteuil roulant de se lever et de marcher à nouveau. Le prix ? 85 000 dollars. C’est le prix d’une Tesla, mais pour retrouver l’usage de ses jambes ca n’a pas de prix. Et bonne nouvelle : en 2024, Medicare a approuvé son premier remboursement pour un exosquelette ReWalk. Ça ouvre des portes.

La pépite française Wandercraft

Et puis il y a Wandercraft, la fierté tricolore. Leur Atalante X, c’est un exosquelette motorisé auto-stabilisé qui ne nécessite pas de béquilles. Vous marchez sans appui, comme si de rien n’était. L’entreprise a levé 75 millions de dollars en 2025 et prépare Eve, présenté comme le premier exosquelette personnel auto-équilibré au monde. Si ça se confirme, on tient peut-être notre premier concept pour des armures a la Iron Man dans un futur proche.

le Atalante X en action

Le Calvin-40 de Wandercraft est assez impressionnant et développé en seulement 40 jours en collaboration avec Renault et est entierement autonome.

Le Calvin 40 en video

Dans l’armée

Le rêve du super-soldat devient réalité

Sur le plan militaire, les choses avancent vite. Très vite. Et pour cause : un soldat français équipé du système Félin trimballe en moyenne 50 kilos de matos. Ce qui fait que 85 % des militaires de l’Armée de terre chopent des troubles musculo-squelettiques chaque année. Pas étonnant que les armées du monde entier cherchent des solutions.

Le HULC : quand Lockheed Martin fait de la SF

Le HULC (Human Universal Load Carrier. Oui même l’armée joue sur la proximité avec la science-fiction pour les noms) est développé par Lockheed Martin. Il pèse 24 kg mais permet de porter jusqu’à 90 kg sans que votre dos vous déteste. C’est le genre d’équipement qui transforme un soldat lambda en machine de guerre mobile.

Son petit frère, l’ONYX, pousse le concept encore plus loin en intégrant l’IA pour adapter l’assistance en temps réel. Plus besoin de régler manuellement, l’exosquelette apprend de vos mouvements et s’adapte. Bienvenue dans le futur.

La course internationale est lancée

Les autres grandes puissances ne sont pas en reste :

  • La Russie développe le Ratnik-3, littéralement surnommé « Iron-Man ». Il devrait être opérationnel courant 2025.
  • La Chine a dévoilé un exosquelette de Kestrel Defense, spécialement pensé pour les opérateurs de drones et les unités de reconnaissance. Discrétion et mobilité, c’est leur truc.

Bref, la guerre du futur ne se fera peut-être pas avec des robots, mais avec des humains augmentés. Et ça, c’est déjà en train de se passer.

Les usages concrets aujourd’hui

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les exosquelettes ne sont pas qu’un gadget de film. Ils ont déjà des applications bien réelles :

Port de charges lourdes : Un soldat peut porter jusqu’à 40 kg de matériel. Avec un exosquelette, une partie de ce poids est transférée vers le sol, ce qui réduit la pression sur le dos et les jambes. Résultat : moins de fatigue, moins de blessures.

Amélioration de la mobilité : En réduisant l’effort nécessaire pour marcher ou se déplacer, ces dispositifs permettent de maintenir une meilleure endurance sur de longues périodes. Pratique pour les métiers physiques ou les missions longues.

Réduction de la pénibilité au travail : En France et en Europe, près de 60 % des femmes actives et plus de 50 % des hommes souffrent de douleurs au dos et aux membres supérieurs liées aux TMS. Dans l’industrie ou le BTP, les exosquelettes permettent de limiter ces troubles.

Les limites actuelles (oui, y’en a)

Bon, soyons honnêtes, on est encore loin du costume Iron Man (oui je fais une fixette dessus). Plusieurs axes d’amélioration doivent être travaillés :

Le poids : Les exosquelettes motorisés peuvent peser plus de 15 kg. Le modèle Exia de German Bionic, pourtant de nouvelle génération, pèse environ 7 kg. Autant dire que si tu veux alléger ton dos, mais que tu te retrouves avec 15 kg de mécanique sur toi, ca peut déplacer le problème.

L’autonomie : Les batteries restent limitées, surtout pour les modèles actifs. Difficile de tenir une journée entière sans recharge.

Le bruit : Pour un usage militaire, c’est un gros problème. Le bruit des articulations peut compromettre une mission discrète. Imaginez un soldat en opération nocturne avec son exosquelette qui fait « clic-clic-clic » à chaque pas. Moyen.

Et pour le grand public ?

Les exosquelettes ne sont pas réservés qu’aux militaires ou aux ouvriers. Certains modèles visent déjà le grand public, notamment les sportifs.

Il existe des solutions pour les skieurs et les randonneurs, afin de réduire la fatigue musculaire sur de longues sorties. Plus récemment, une équipe de recherche chinoise a présenté un exosquelette pour la plongée sous-marine qui réduit considérablement les efforts musculaires et, par conséquent, la consommation d’air pour des sessions plus longue. Plus de détails ici. Mais la encore une application militaire est possible.

Les prix et les modèles accessibles

Les exosquelettes de loisir sont accessibles au grand public avec des prix allant de 280 euros à 1000 euros environ. Pour les modèles médicaux, comptez entre 30 000 et 90 000 euros, voire jusqu’à 140 000 euros pour les plus avancés comme le ReWalk Personal 6.0.

Hypershell, par exemple, vend des modèles boostés à l’IA (oui encore lui) pour vous aider dans vos activités en plein air comme la randonnée, le sport mais aussi pour une utilisation quotidienne.

Deux modèles existent :

  • Le Hypershell X Pro à 1200 €
  • Le Hypershell X Carbon à 1500 €

Des noms qui claquent et sentent bon Evangelion. À ces prix-là (équivalent à un iPhone), on est en droit de se poser la question d’en acheter pour tester, mais personnellement je ne suis pas un early adopter et j’attends sagement la maturité des produits. Et puis j’ai pas vraiment d’usage pour prétendre en acheter un.

Un marché en pleine explosion

Le marché des exosquelettes est en train d’exploser. La taille du marché mondial est estimée à 1 milliard de dollars en 2025 et devrait atteindre 2 milliard de dollars d’ici 2030, soit une croissance annuelle de plus de 15 %.

En France, le marché représentait environ 12,6 millions d’euros en 2024 et pourrait atteindre 45 millions d’euros d’ici 2035. Si ces chiffres restent modestes, ils traduisent une montée en puissance régulière.

La réalité rattrape la fiction (mais pas encore complètement)

Les militaires ont toujours rêvé d’avoir des super-soldats et c’est en passe de devenir réalité, mais nous sommes encore loin des standards de la science-fiction et des films hollywoodiens. Mais la réalité se rapproche de plus en plus de la fiction, et ça avance très rapidement. Grace notamment aux différents enjeux géopolitiques actuels et l’explosion des budgets militaires de nombreux pays qui poussent la recherche dans ce domaine.

Préparez-vous à voir apparaître dans quelques années votre livreur Amazon ou votre plombier équipé de ce genre de produit. Enfin, s’ils ne sont pas remplacés par des IA et des robots d’ici là, bien sûr. 🙂


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