After the Hunt fait énormément parler de lui sur internet, porté par un casting 5 étoiles (Julia Roberts, Andrew Garfield, Ayo Edebiri) et surtout par les thèmes explosifs qu’il aborde. En effet, le film s’attaque à des sujets ô combien d’actualité et très « touchy » : les accusations de viol, la gestion institutionnelle de ces crises, la parole de la victime face à la présomption d’innocence, et cette tension moderne entre le doute permis et la croyance inébranlable.

Je vais être franc d’entrée de jeu : le film est raté. La raison principale ? Une prudence excessive de la part du réalisateur Luca Guadagnino. Vous n’aurez jamais la réponse à vos questions, sous prétexte de « faire réfléchir le spectateur ». Pour moi, c’est avant tout un aveu d’échec.



Un scénario qui se complexifie artificiellement

Alors, que raconte After the Hunt ? Une brillante étudiante, Maggie (Ayo Edebiri), accuse Hank (Andrew Garfield), un professeur de la prestigieuse université de Yale, de viol. L’affaire se corse car Alma (Julia Roberts), la collègue et meilleure amie de l’accusé, se retrouve prise en étau. Maggie est sa protégée, Hank est son confident.

La défense d’Andrew Garfield ? Il accuse l’étudiante de plagiat pour sa thèse et de lui avoir fait « du rentre-dedans ». Nous avons donc deux récits complètement différents, et le film va constamment jouer sur cette ambivalence pour perdre le spectateur.

C’est un scénario de départ très simple, qui se complexifie artificiellement par la gestion calamiteuse de l’affaire par les protagonistes.


Trop d’intellect, pas assez d’émotion

Beaucoup voient ici un film « anti-Me Too » ou une critique de la « Cancel Culture », mais pour ma part, je vois surtout un réalisateur qui intellectualise beaucoup trop son sujet. D’accord, les personnages sont professeurs de philosophie, mais sont-ils obligés de citer des philosophes H24 pour nous le prouver ?

On perd toute émotion dans les dialogues à cause de cette lourdeur académique. On le sent particulièrement quand Alma s’emporte dans une tirade méprisante sur la fragilité des étudiants :

« Est-ce que je devrais construire un monde pour vous et en arrondir tous les angles ? Rembourrer votre cellule avec des gentillesses et des putains de ‘trigger warnings’ ? Je ne suis pas là pour ça. Je suis là pour enseigner ! »Alma (Julia Roberts)

Cette citation résume le problème : le film nous hurle ses thématiques au visage au lieu de nous les faire vivre.


Un traitement superficiel des enjeux

Les sujets graves sont maltraités. Le personnage d’Andrew Garfield est viré assez vite de son poste sans que l’on assiste à un véritable débat au sein de l’université. On ne ressent aucune tension organique. On nous montre trois ou quatre étudiants mécontents, mais ce n’est pas suffisant pour évoquer une crise.

Où sont les camps qui s’affrontent ? Dans la vraie vie, un tel scandale provoquerait des débats vifs et passionnés sur le campus. Ici, on nous sert une bande d’une dizaine de « manifestants » pour illustrer un soi-disant « backlash » que subit le personnage de Julia Roberts. C’est visuellement ridicule.

De même, la critique du « wokisme » tombe parfois dans la caricature involontaire, comme lors de cette scène où Alma, excédée, s’adresse au partenaire non-binaire de Maggie en criant un absurde : « They! Go away! » (« Iel ! Dégage ! »). Le film semble vouloir gommer toute aspérité ou, a contrario, souligner un monde universitaire refermé sur lui-même. Cependant, Luca Guadagnino se montre hésitant à réellement approfondir tel ou tel sujet et préfère laisser son spectateur faire le travail à sa place.


Un casting royal… au service du vide

Parlons des acteurs maintenant. Leurs prestations sont justes, techniquement irréprochables même, mais terriblement dénuées d’émotions. Ce n’est pas qu’ils sont mauvais, loin de là, mais l’écriture ne leur laisse aucune possibilité de nous émouvoir, les cantonnant sans cesse à leurs diatribes pseudo-intellectuelles.

Andrew Garfield est pourtant magistral dans presque tous ses films (je ne compte pas les Spider-Man). Ici, il fait ce qu’il peut avec ce qu’on lui donne. Julia Roberts, elle, n’a plus rien à prouver à personne. On le voit bien : à chacune de ses apparitions, elle envoûte l’écran rien que par sa présence et son charisme incroyable.

Le vrai problème se situe du côté d’Ayo Edebiri. Je l’ai découverte dans The Bear (excellente série au passage) où elle est d’une intensité mémorable. Mais dans ce film, elle est trop transparente. La faute à une écriture qui met beaucoup trop en avant le personnage d’Alma au lieu de se focaliser sur le cœur du conflit : Maggie et Hank. L’anecdote de la journaliste italienne à la Mostra de Venise, qui avait ignoré Ayo Edebiri au profit de Julia Roberts, reflète parfaitement le film : il ne laisse aucune place à la jeune actrice pour exister.


[ATTENTION SPOILERS MAJEURS] Une ambiguïté mal exécutée

Le film opte pour une neutralité forcée et laisse le spectateur se faire sa propre opinion. Ce procédé se veut intelligent, mais il est ici très mal exécuté.

La victime présumée (Ayo Edebiri) est troublante, et le film nous suggère lourdement qu’elle a menti, tout en n’osant pas l’affirmer clairement :

  • La découverte clé : Maggie découvre chez sa professeure un extrait d’article mentionnant une fausse accusation de viol qu’Alma avait portée à l’encontre d’un ami de sa famille lorsqu’elle avait 15 ans.
  • La manipulation : Au début présentée comme brillante, l’étudiante est ensuite qualifiée de médiocre par le mari d’Alma.
  • Les regards : Ayo Edebiri lance plusieurs regards intrigants, presque machiavéliques, comme pour nous faire comprendre une manipulation.

De l’autre côté, Andrew Garfield (l’agresseur présumé) a cette scène où il embrasse Alma et ne s’arrête pas tout de suite quand elle dit « non ». C’est censé nous faire douter, mais cette seule scène paraît faible pour contrebalancer la timidité narrative de Luca Guadagnino.

after the hunt
Un meme qui veut tout dire

Une réalisation en trompe-l’œil

Paradoxalement, malgré tous les défauts d’écriture cités, je n’ai pas vu passer les 2h20 du film. La réalisation est assez agréable, nous offrant des plans contemplatifs d’une réelle beauté plastique. Mais là encore, le bât blesse : cette esthétique finit parfois par ajouter de la lourdeur plus qu’autre chose.

Et sérieusement, à quoi servent ces interminables plans serrés sur les mains ? C’est encore un artifice de mise en scène pour essayer de dire des choses sans les dire, pour suggérer une tension ou une émotion que le scénario n’arrive pas à porter. Au final, ces effets de style finissent par nous perdre plutôt que de nous immerger.


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Verdict

After the Hunt est un film sur la dérive de la société, mais qui souffre lui-même d’une dérive : celle de ne rien vouloir dire pour ne fâcher personne. La frilosité du réalisateur laisse le spectateur faire le travail à sa place, jusqu’à cette fin abrupte (le fameux « Cut! » final) qui sonne comme une pirouette facile.

Et pour finir, parlons de la bande-son insupportable. Signée Trent Reznor et Atticus Ross, elle est supposée souligner le malaise ambiant, mais elle ne réussit qu’à nous énerver et à saturer l’espace sonore, comme pour combler le vide du scénario.

after the hunt
Comment j’ai envie de prendre le real

Et vous, quel est votre avis ? Avez-vous été convaincu par Luca Guadagnino ou avez-vous trouvé le film trop intellectualisé ? Laissez votre commentaire ci-dessous et partagez votre propre critique !


Fiche technique : Ce qu’il faut savoir

  • Titre original : After the Hunt
  • Réalisation : Luca Guadagnino (Call Me by Your Name, Challengers)
  • Scénario : Nora Garrett
  • Casting principal :
    • Julia Roberts : Alma Imhoff
    • Andrew Garfield : Henrik « Hank » Gibson
    • Ayo Edebiri : Maggie Resnick
    • Michael Stuhlbarg : Frederik (le mari d’Alma)
    • Chloë Sevigny : Dr. Kim Sayers
  • Musique : Trent Reznor & Atticus Ross (duo habitué aux ambiances pesantes, connu pour The Social Network)
  • Production : Imagine Entertainment, Metro-Goldwyn-Mayer (MGM)
  • Distribution France : Prime Video (Sortie directe en streaming le 20 novembre 2025)
  • Durée : 2h19

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