Grosse annonce de la part d’Ubisoft et si vous suivez l’actualité du monde du jeu vidéo, vous n’avez pas pu louper cette news. La restructuration annoncée le 21 janvier 2026 est historique : 6 jeux officiellement annulés, 7 titres reportés, fermetures des studios de Stockholm et Halifax. Le lendemain, l’action s’est effondrée de 34% à 4,35 euros, sa plus forte chute en séance depuis son introduction en bourse il y a près de trente ans.

J’ai envie de dire, enfin Ubisoft commence à réagir face au chaos qui semble régner à l’intérieur. Mais comment Ubisoft, le fleuron de l’industrie du jeu vidéo français, a pu en arriver là ?

ubisoft face a son histoire

Un nouveau modèle : les Creative Houses

Ubisoft abandonne son modèle centralisé pour se diviser en 5 « Creative Houses » autonomes, chacune spécialisée par genre. La première, Vantage Studios, regroupe les piliers comme Assassin’s Creed, Far Cry et Rainbow Six. Tencent en détient désormais 26%.

La deuxième Creative House se concentre sur les shooters compétitifs et coopératifs (The Division, Ghost Recon, Splinter Cell). La troisième gère les jeux-service (For Honor, The Crew, Skull & Bones). La quatrième s’occupe des univers fantasy et narratifs (Anno, Rayman, Prince of Persia, Beyond Good & Evil). La cinquième vise à reconquérir le marché des jeux casual et familiaux (Just Dance, UNO, Hungry Shark).

Parmi les annulations figure le très attendu remake de Prince of Persia : Les Sables du Temps, ainsi que trois nouvelles licences non annoncées et un jeu mobile. Sept titres sont décalés, dont un projet majeur (possiblement le remake de Black Flag) désormais prévu pour 2027. Les fermetures de studios s’ajoutent aux 3 000 postes déjà supprimés ces dernières années.

La réaction des employés ne s’est pas fait attendre. Le syndicat Solidaires Informatique a immédiatement appelé à un débrayage dès le jeudi 22 janvier, lendemain de l’annonce. Le mouvement dénonce des décisions managériales qualifiées de « catastrophiques » et revendique l’arrêt du plan de restructuration, l’extension des conditions de télétravail et des augmentations de salaires.

La lassitude du public

Depuis pas mal d’années maintenant, l’entreprise accumule les crises. Ubisoft s’est beaucoup trop reposé sur ses licences phares comme Assassin’s Creed ou Far Cry, avec les mêmes mécaniques et des quêtes peu intéressantes. Le public a fini par se lasser de leur recette qui avait pourtant fait leur succès.

Moi-même, j’appréciais beaucoup AC ou Splinter Cell, mais devant un manque d’innovation flagrant, j’avais fini par ne plus y jouer. Ils ont même ressorti leur ancienne licence Ghost Recon pour en faire un énième jeu à monde ouvert à la sauce Far Cry.

Pourtant, Ubisoft a beaucoup innové au début de son histoire avec Rayman, Prince of Persia, puis la création de la saga Assassin’s Creed. Mais devant la facilité créative et l’argent facile, ils ont choisi la stratégie du copié-collé et de l’annualisation de leurs franchises, comme Activision avec Call of Duty. Cette stratégie a été gagnante, mais sur le long terme, tu finis toujours par être rattrapé par la concurrence qui, elle, ne s’arrête pas d’innover.

Une succession de scandales et d’échecs

La fatigue des joueurs ne peut pas expliquer à elle seule la chute. Le management toxique en interne et plusieurs scandales d’harcèlement et de sexisme ont provoqué le départ de nombreux employés. En 2020, ces révélations ont durablement entaché l’image de marque et fait fuir des talents clés.

Côté jeux, les échecs s’accumulent. Star Wars Outlaws en 2024 n’a pas répondu aux attentes malgré une licence forte, affaiblissant la confiance des investisseurs. Le report d’Assassin’s Creed Shadows à mars 2025 pour « peaufiner la qualité » a créé un trou béant dans les finances. Skull & Bones, après 10 ans de développement, n’a pas réussi à s’imposer comme un pilier financier.

Les conflits sur le télétravail ont aggravé la situation. En 2024 et 2025, Ubisoft a imposé un retour en présentiel strict (3 jours par semaine minimum), déclenchant des grèves historiques en France et à l’international.

La chute boursière

Les chiffres sont éloquents. Ubisoft a perdu environ 95,9% de sa valeur par rapport à son sommet historique de 2018. Le 22 janvier 2026, le titre a chuté à 3,99 euros en clôture, son plus bas niveau depuis plus de dix ans, ramenant la valorisation du groupe à 606 millions d’euros contre plus d’1,5 milliard un an plus tôt.

Pour l’exercice 2025-2026, Ubisoft anticipe environ 1,5 milliard d’euros de net bookings, une perte opérationnelle d’environ 1 milliard d’euros, et un flux de trésorerie négatif de 400 à 500 millions d’euros. Les rumeurs de rachat total par Tencent circulent.

Le renouveau d’Ubisoft peut-il passer par les produits dérivés ?

Ubisoft possède de nombreuses licences fortes : Assassin’s Creed, Rayman, Prince of Persia. L’entreprise peut s’appuyer dessus pour développer des œuvres cross-média, notamment avec l’essor des adaptations de jeux vidéo en série ou en film. On peut citer l’excellent Arcane, la série Fallout avec Ella Purnell qui, d’ailleurs, prêtait sa voix à Jinx dans Arcane, The Last of Us avec Pedro Pascal, ou encore la série Tomb Raider avec Sophie Turner (Sansa Stark dans Game of Thrones) actuellement en production pour Prime Video.

Ubisoft a déjà exploré cette voie avec des films sortis au cinéma et, dernièrement, avec la série Splinter Cell sur Netflix.

Rainbow Six est devenu au fil des ans une franchise forte avec un succès inespéré dans l’esport. Rainbow Six Siege compte près de 60 millions de dollars de prize pools cumulés et des compétitions majeures comme le Six Invitational qui attirent des centaines de milliers de spectateurs. La franchise a même un film en préparation avec Michael B. Jordan, mais le sort semble s’acharner sur Ubisoft : le projet a été retardé, notamment à cause de la grève des scénaristes qui a touché Hollywood. Le réalisateur Chad Stahelski (John Wick) prend son temps pour « bien faire les choses », mais aucune date de sortie n’a été annoncée.

Les Lapins Crétins, une licence qui a connu un énorme succès avec de nombreux produits dérivés, a même permis à Ubisoft de créer un partenariat avec Nintendo – ce qui n’est pas rien – avec un featuring inattendu avec Mario.

Le merchandising représente une source de revenus stable pour Ubisoft. Les produits dérivés d’Assassin’s Creed dominent notamment les ventes sur Amazon, avec des objets de décoration et des accessoires de collection très populaires auprès des fans. Dès 2011, Ubisoft avait lancé UbiCollectibles, une ligne premium de figurines et statuettes en édition limitée, vendues exclusivement sur l’Ubisoft Store. Cette stratégie de monétisation des licences pourrait devenir un axe de développement majeur dans les années à venir.

Et maintenant ?

La crise n’est pas prête de s’arrêter de si tôt, je partage bien évidemment les craintes des employés mais la restructuration d’Ubisoft est pour le coup nécessaire afin de garder l’indépendance de l’entreprise surtout face a l’avidité des autres acteurs comme Tencent par exemple.

Ubisoft lance une « troisième et ultime phase » de réduction des coûts visant 200 millions d’euros d’économies supplémentaires sur les deux prochaines années. Le groupe envisage également des cessions d’actifs pour se refinancer.

Ubisoft a donc les moyens de redevenir un studio et éditeur de jeu vidéo de premier plan. Pour ça, ils doivent faire beaucoup plus confiance à leurs équipes créatives et arrêter de jouer la carte de la facilité. L’innovation qui les a fait émerger doit redevenir leur priorité.


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