Je suis tombé par hasard en librairie sur Notre part de nuit. Il y avait une note du libraire dessus : « coup de cœur ». Intrigué, je me suis approché et j’ai lu la quatrième de couverture. Le côté fantastique, la partie secte et occulte m’ont immédiatement décidé à l’acheter, j’étais dans ma phase Lovecraft à ce moment-là.
Maintenant que je l’ai terminé, je réalise qu’il est beaucoup plus que ça. Cette œuvre de Mariana Enriquez m’a profondément marqué par sa façon unique d’aborder l’une des périodes les plus sombres de l’Amérique latine. Ce que je cherchais comme simple lecture horrifique s’est transformé en une expérience littéraire bien plus riche et troublante.
Table des matières
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Notre monde réel comme terrain de jeu
L’histoire se déroule dans l’Argentine des années 70, sous la dictature militaire, une période que je connaissais très peu avant cette lecture. Le roman débute comme un road movie, suivant les aventures d’un père et son fils à travers le pays. On découvre progressivement que le père est un médium au service d’une secte secrète.
Ce qui rend ce livre particulièrement poignant, c’est sa manière d’utiliser le fantastique pour donner un sens aux disparus. Face aux milliers de morts et de disparus qu’a laissés cette dictature dans la vraie vie, l’auteure choisit le prisme de l’occulte pour explorer cette tragédie collective. C’est un choix narratif qui fonctionne remarquablement bien et révèle la véritable horreur de cette dictature militaire.
Ce n’est pas qu’un roman fantastique
Au-delà de la dictature, Mariana Enriquez aborde aussi des thèmes sociaux. Le roman fait référence au SIDA et à la communauté gay, évoquant la répression qu’ils ont subie dans l’Argentine de ces années-là.
Ces passages ajoutent une dimension supplémentaire à l’œuvre : celle des marginalisés dans un contexte déjà oppressif. La double peine de ceux qui devaient non seulement survivre à la dictature, mais aussi à la stigmatisation, à la violence homophobe et à la crise sanitaire du SIDA. Mariana Enriquez ne détourne pas le regard et intègre ces réalités historiques avec la même justesse que le reste de son récit.
Cette approche fait du livre une véritable fresque sociale de l’Argentine, couvrant plusieurs décennies et plusieurs formes d’oppression. Le fantastique devient alors un langage pour parler de toutes les disparitions, de toutes les violences, qu’elles soient politiques, sociales ou sanitaires.
Une narration aux multiples POV
Le gros point fort du livre réside dans sa structure narrative. Le roman est découpé en plusieurs parties et chacune est dédié a un personnage avec son points de vue et tout s’emboîte de façon remarquable. Chaque perspective apporte un éclairage nouveau, permettant de comprendre l’ampleur et la complexité des événements.
Des personnages nuancés, loin du manichéisme
Un aspect que j’ai particulièrement apprécié : le livre est dépourvu de manichéisme. On peut comprendre les choix des différents personnages sans forcément y adhérer. Personne n’est simplement « bon » ou « mauvais » chacun agit selon ses propres motivations, ses peurs, ses convictions.
Cette nuance est appréciable surtout dans une histoire qui mêle l’histoire réel et le fantastique, cela permet de le rendre encore plus crédible et ne vient pas dénaturer le coté historique.
Le mélange réussi entre fantastique et réalisme
La dimension fantastique, le médium, la secte secrète, les éléments d’occultisme ne vient jamais parasiter le récit historique. Au contraire, elle lui donne une profondeur métaphorique puissante. Les disparus trouvent une forme d’existence dans cette dimension fantastique, comme si l’imaginaire permettait de maintenir vivante leur mémoire.
Si vous venez pour l’aspect lovecraftien (comme moi initialement), vous ne serez pas déçu : l’atmosphère est oppressante, les rituels occultes sont décrits avec précision, et il y a cette même fascination morbide pour l’indicible. Mais Mariana Enriquez va bien au-delà du simple hommage. Elle ancre son horreur dans une réalité historique bien concrète, donnant à son fantastique une résonance politique.

Un passage que les fans de Stranger Things vont adorés
Pour les amateurs de Stranger Things, vous allez adorer ! Il y a un passage particulièrement marquant quand Gaspar est adolescent et que Mariana Enriquez nous plonge dans les années 80. La scène où il se retrouve dans une maison hantée avec ses amis dégage exactement la même atmosphère que la série Netflix.
Ce chapitre capture parfaitement l’esprit de cette époque : l’insouciance adolescente qui se heurte au surnaturel, le groupe d’amis unis face à l’inexplicable, cette tension entre la normalité du quotidien et l’horreur qui rôde. Mariana Enriquez maîtrise parfaitement les codes du « teen horror » mais attention, ici ca reste un roman adulte, tout en y insufflant sa propre sensibilité et le contexte argentin. C’est à la fois nostalgique et terrifiant.
Mon seul regret : une fin qui laisse sur sa faim
Si je n’ai pas mis la note maximale, c’est parce que j’ai été un peu déçu par la façon dont se termine l’histoire. On reste sur notre faim, surtout concernant l’arc narratif du personnage principal. Certains fils ne sont pas totalement résolus, et j’aurais aimé davantage de clôture sur son destin.
Cela dit, je me demande si cette ouverture n’est pas intentionnelle, comme les vies brisées, en suspend des argentins après la dictature avec beaucoup de zone d’ombre.
Au final, Je recommande ?
Vous avez compris, j’ai adoré cette lecture. Allez y les yeux fermés! Notre part de nuit de Mariana Enriquez est une réussite sur de nombreux plans : construction narrative, profondeur historique, nuance des personnages, et utilisation intelligente du fantastique comme outil mémoriel.
Si vous cherchez un roman qui mêle Histoire, fantastique et réflexion politique, tout en offrant une lecture prenante et originale, je vous recommande chaudement cette œuvre. Elle m’a permis de découvrir une page méconnue de l’histoire argentine tout en m’offrant une expérience de lecture vraiment particulière. Et si vous avez aimé Stranger Things ou si vous êtes fan de Lovecraft, vous retrouverez ces atmosphères qui vous sont chères, mais sublimées par une profondeur historique et sociale rare dans le genre.
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Points forts :
- Structure narrative brillante avec multiples points de vue
- Personnages nuancés et crédibles (Juan)
- Mélange réussi entre fantastique lovecraftien et contexte historique
- Approche originale de la mémoire des disparus
- Fresque sociale complète de l’Argentine contemporaine
- Atmosphère horrifique et oppressante réussie
Points faibles :
- Fin un peu frustrante sur le destin du protagoniste
- Certains arcs narratifs restent ouverts
Note : 4/5
Une lecture marquante qui utilise le fantastique pour éclairer l’une des périodes les plus sombres de l’Argentine.
À propos de Notre part de nuit :
Roman de Mariana Enriquez, écrivaine, journaliste argentine. Notre part de nuit a reçu le Prix Herralde en 2019 et s’impose comme l’un des romans majeurs de la littérature latino-américaine contemporaine.
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