J’ai décidé de me mettre à la bande dessinée en 2026… puis je me suis dit pourquoi pas commencer maintenant. C’est donc d’un pas décidé que je suis allé dans ma librairie de quartier (à l’autre bout de la ville) et j’ai acheté la nouvelle sortie de Mathieu Bablet : Silent Jenny.
Spoiler : j’ai un avis mitigé.
Table des matières
De quoi parle Silent Jenny ?
Pour faire court, c’est l’inverse du solarpunk.
Jenny, la jeune fille dont on suit les aventures, vit dans un monde post-apocalypse où les sociétés humaines se sont effondrées à cause de la disparition des abeilles et autres insectes pollinisateurs. Une histoire écologique d’actualité qui résonne particulièrement en 2025.

Le dessin : entre splendeur visuelle et character design raté
Commençons par ce qui m’a fait choisir cette BD : le dessin.
Les planches sont sublimes. La composition, les couleurs dominées par des tons marron et jaune illustrent parfaitement ce monde « mort ». Et puis soudain, boom, une explosion de couleurs pour illustrer les émotions de Jenny et le monde souterrain.
Les paysages ? Magnifiques. Les décors post-apocalyptiques sont travaillés avec un soin incroyable. Mais ce qui m’a le plus marqué, ce sont les villes nomades et leurs véhicules : un design inspiré des plateformes pétrolières offshore. L’ironie est brillante, ce qui a détruit notre environnement permet maintenant à l’humanité de survivre dans ce monde hostile. Cette contradiction visuelle est géniale.
Par contre, et c’est là où je décroche : les visages et les corps.
Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi, mais je n’ai pas accroché au character design. Les personnages ont beaucoup de personnalité, mais le trait ? Je n’y adhère pas du tout.
L’histoire : une idée brillante, une exécution frustrante
Je suis assez sensible à la protection de notre planète. En même temps, ça devrait être le cas pour chaque humain – nous n’avons qu’une seule maison et impossible de déménager.
Alors cette histoire que Mathieu Bablet nous propose, une dystopie écologique, c’était quelque chose qui m’intéressait énormément. Surtout pour voir comment il allait aborder le sujet. Et j’ai été un peu déçu.
Le bon : un univers immersif dès les premières pages
L’histoire commence très bien. On est directement plongé dans l’univers et ses mécaniques. On découvre Jenny poursuivie par des « choses » quasi-humaines, puis on réalise qu’elle évolue dans le monde de l’infiniment petit. D’ailleurs, son costume rappelle fortement celui d’Ant-Man.
Jenny est la seule encore optimiste dans sa communauté nomade. Elle cherche désespérément des échantillons d’abeilles pour « réparer » le monde et travaille pour le compte d’une entreprise toute-puissante qui, officiellement, œuvre dans ce but.

L’angle dépression/monde détruit : le coup de génie sous-exploité
Mais cet optimisme de Jenny cache un mal-être profond, une dépression larvée. Et c’est là que Mathieu Bablet a eu une idée formidable : le monde détruit devient la matérialisation physique de la dépression du personnage principal.
Pensez-y : Jenny évolue dans un environnement hostile, mort, vidé de sa vie. Exactement comme quelqu’un qui souffre de dépression perçoit le monde autour de lui. Les couleurs ternes, l’absence de vie, cette quête désespérée pour retrouver quelque chose qui n’existe plus (les abeilles = la joie de vivre ?).
Quand elle cherche des échantillons d’insectes pour sauver l’humanité, est-ce qu’elle ne cherche pas aussi à se sauver elle-même ? À trouver une raison de continuer dans ce monde désolé ?
Cette métaphore est brillante. Le problème ? Bablet n’exploite pas assez cette piste. Il effleure le sujet, nous montre des fragments de la souffrance de Jenny, mais n’approfondit jamais vraiment. On reste à la surface alors que c’était l’occasion de créer quelque chose de vraiment puissant, une réflexion profonde sur la dépression, la perte des proches etc…
C’est frustrant parce que toutes les pièces sont là. Mais elles ne s’assemblent jamais complètement.
Le coup de pied dans le techno-solutionnisme
Et là, Bablet nous sort un angle que j’ai trouvé vraiment pertinent : il démonte complètement l’idée du techno-solutionnisme.
Dans Silent Jenny, aucun espoir dans la science ou la technologie pour nous sauver. C’est même le contraire.
L’entreprise qui est censée sauver l’humanité grâce à la reconstruction ADN des abeilles ? Elle engage des mercenaires pour chasser les nomades. Elle développe même des armes, un énorme canon pour détruire ces dernières. La technologie ne sauve pas, elle détruit.
Ça m’a directement fait penser aux IA qui remplacent petit à petit les emplois. On nous vend la tech comme la solution à tous nos problèmes, mais au final, elle crée souvent plus de dégâts qu’elle n’en résout.
Bablet nous montre une entreprise qui prétend sauver le monde tout en massacrant ceux qui tentent de survivre autrement. C’est cynique, mais totalement vrai. Combien de fois on a vu des « solutions » écologiques qui servent surtout à faire du profit pendant que tout brûle ?
Le moins bon : des dialogues trop explicatifs
Ce que j’ai beaucoup moins aimé, c’est comment tout ça est amené.
Les dialogues sont trop explicatifs. Oui, c’est pratique pour expliquer au lecteur les règles du monde, comment fonctionne cette société post-effondrement, pourquoi Jenny se miniaturise, etc. Mais ça casse l’immersion.
Au lieu de montrer, Bablet fait dire. Les personnages expliquent leur situation, leurs émotions, les enjeux… alors que le dessin pourrait faire ce travail. Et c’est ce qui est le plus frustrant : certains passages nous montrent que Bablet sait raconter des histoires avec des images, mais beaucoup moins avec les mots. Ces moments sans dialogue sont les meilleurs de la BD : ils respirent, ils nous laissent de l’espace pour réfléchir, pour ressentir.
Ça rend le contraste encore plus frustrant.
Honnêtement ? Peut-être que Bablet devrait s’allier avec un scénariste ou un dialoguiste. Son talent graphique est indéniable, ses idées de fond sont excellentes, mais l’écriture des dialogues et la narration textuelle ne sont clairement pas son point fort. Et c’est pas grave ! Plein d’auteurs de BD bossent en duo pour cette raison. Chacun ses forces.
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Mon verdict : à lire ou à éviter ?
Note : 3/5
Silent Jenny, c’est un peu comme regarder un film avec une superbe photo, une bande-son géniale, mais un scénario qui ne va pas au bout de ses idées.
Je recommande cette BD si :
- Tu es fan de Mathieu Bablet et de son univers graphique
- Tu cherches une dystopie écologique visuellement marquante
- Tu aimes les récits post-apocalyptiques même imparfaits
Pour ma part, je ne regrette pas l’achat. Malgré ses défauts, Silent Jenny m’a donné envie de continuer à explorer la BD. Et finalement, c’était mon objectif initial en franchissant la porte de cette librairie.
Prochaine étape : Les Cheveux d’Édith, une BD dans un autre style, une histoire qui s’ancre dans le réel et qui raconte le retour des survivants des camps de la mort durant la Seconde Guerre mondiale.
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