Après la déception de La nuit des temps, une lecture de fantasy épique sans (trop) fantasy

En détails :

  • Titre complet : Gagner la guerre
  • Auteur : Jean-Philippe Jaworski
  • Date de sortie : 2009
  • Genre : Fantasy

Synopsis (sans spoil) : Dans Gagner la guerre, on suit Benvenuto Gesufal qui écrit ses mémoires. Il nous raconte la guerre entre la République de Ciudalia et le Royaume de Ressine. Mais attention à ne pas prendre pour argent comptant tout ce qu’il raconte : il reste un homme sans morale au service du podestat Ducatore.


Mon avis sans détour

Un des meilleurs romans de fantasy que j’ai pu lire ces dernières années, et je pèse mes mots.

Vous êtes plongé dans un univers riche et extrêmement bien construit. Ciudalia, la ville où se déroule la majeure partie de l’intrigue, est fortement inspirée par l’histoire de la Renaissance italienne. On voit que Jaworski a fait énormément de recherches historiques pour rendre crédible cette histoire cruelle et sans foi ni loi.

L’auteur nous montre un style d’écriture assez unique pour les romans fantasy, et ça rafraîchit un peu le genre. Des mots désuets qui viennent renforcer l’immersion et des descriptions très précises. Certes, parfois un peu trop, et elles peuvent paraître assez lourdes pour certaines personnes, mais pour moi il a su rester sur une ligne de crête pour ne pas devenir barbant.

Amateurs de complots, trahisons, assassinats : vous allez être servis. Gesufal se retrouve plusieurs fois perdu dans tout ce bordel et jusqu’à la fin, on se méfiera de tout le monde. Ne vous faites pas berner par Gesufal lui-même : n’oubliez pas qu’on suit le méchant de l’histoire.

Une fantasy légère qui peut plaire aux plus réfractaires du genre, mais pour moi c’est assez décevant sur ce point (sans que ça gâche ma lecture). Malgré la présence d’elfes, de sorciers et de magiciennes, je reste sur ma faim. Surtout qu’il nous est présenté comme un roman de fantasy. Personnellement, je le classerais plus volontiers dans le genre fantastique, mais c’est un avis très personnel.

Ce point négatif m’amène donc à vous en citer un autre : le manque de contexte et de détails sur le monde lui-même. Ce qui est assez étrange de la part de Jaworski, qui n’est pas avare de descriptions en tout genre, mais qui reste un peu chiche sur son univers. La géographie, les différents royaumes et duchés, certains personnages secondaires vont malheureusement rester dans l’ombre du récit et de l’intrigue principale.

Mais rassurez-vous : ces deux points négatifs ne gâchent pas le plaisir qu’on a à découvrir les coins les plus malfamés aux côtés de Gesufal.


Mon avis : les points forts

1. Un personnage haut en couleur

Benvenuto Gesufal : il est la raison principale pour laquelle j’ai tant aimé ce livre.

Beaucoup de retours le citent comme étant un anti-héros « gris », mais pour moi je suis en désaccord. On suit l’histoire du point de vue d’un « soudard », le bras armé du « méchant » de l’histoire. Gesufal est littéralement une pourriture et je ne mâche pas mes mots. Il le revendique lui-même. Ça peut plaire (c’est mon cas), mais aussi rebuter.

C’est un raciste, misogyne, homophobe, violent. C’est un personnage d’une réelle noirceur, et c’est pour ça que c’est si intéressant de suivre ses aventures.


2. La plume de l’auteur

Comme mentionné plus tôt, Jean-Philippe Jaworski a un style assez romanesque et s’inspire de la littérature française d’aventure. Une inspiration d’Alexandre Dumas saute aux yeux et, certaines fois, il emprunte les mêmes longues descriptions redondantes.

Il dépeint son univers avec une intensité qui mettra tous vos sens en éveil. L’univers est sale, cruel, vivant, et il ne se prive pas pour vous décrire avec des détails qui parfois peuvent vous dégoûter. Je pense à la scène où Benvenuto Gesufal est captif, ou encore celle où ce dernier viole un personnage important (je tais le nom pour ne pas trop spoiler). Ces passages vous mettront à coup sûr mal à l’aise.
Une petite citation ci-dessous pour montrer son sens de la description.

La trouille, pour moi, c’est une vieille maîtresse. Une longue sangsue visqueuse, nichée dans les replis de mon ventre et dans le canal de mes vertèbres, furtive comme un ver solitaire, mais toujours prompte à mordre quand la situation patine, quand les couteaux sont tirés, quand l’ennemi charge.


Ce qui m’a déçu

1. Une fantasy pour le moins un peu discrète

Pour les amateurs de dragons et de magie, vous allez être déçus. Et ça a été un peu mon cas sur ce point précis.

Il y a certes de la magie, des peuples comme les elfes, et on esquisse à peine les nains (bien que présents dans ce monde). Il y a aussi une religion avec des dieux, mais décrite avec « égoïsme » : on peine à se faire une idée réelle de ce culte et du pouvoir qu’il incarne. Ce qui nous amène au point numéro deux.


2. Le manque de profondeur de l’univers

Pourquoi s’attarder à nous décrire parfaitement les odeurs des rues jusqu’à nous dégoûter, mais être si rachitique avec son univers ?

Il y a par exemple le fils du podestat Ducatore qui se trouve chez une confrérie de chevaliers, mais aucune autre information sur ces derniers. Même le Royaume de Ressine, avec qui Ciudalia est en guerre au début du roman, est très peu décrit. On finit la lecture avec un goût d’inachevé, et c’est dommage.


3. Un peu long à démarrer

Un léger point négatif, mais il faut tout de même le signaler.

Une histoire un peu longue à démarrer, à l’image d’un vieux diesel. Mais à la fin du premier chapitre, tout s’accélère et l’histoire commence enfin. Elle ne s’arrêtera qu’au dernier mot du roman.

Pour être honnête avec vous, j’ai eu un peu de mal à rentrer dans cette histoire, mais ma règle des 50 pages m’a empêché de passer à côté d’une très bonne lecture.


Pour qui ce roman ?

Vous allez aimer si :

  • Les complots en tout genre sont votre tasse de thé
  • Vous aimez les romans d’aventures
  • Vous êtes fan de sensations fortes et de côtés épiques (les combats sont décrit avec une justesse sans pareille)

Passez votre chemin si :

  • Le racisme, la misogynie, l’homophobie du personnage principal vous rebutent
  • La violence et la cruauté vous dérangent
  • Vous recherchez un univers de fantasy riche et détaillé

Mon interprétation

ATTENTION SPOILERS

J’ai évité le plus possible les spoils, mais ici il sera dur, voire impossible, de ne pas en faire. Donc si vous ne l’avez pas encore lu, je vous conseille de sauter cette partie et peut-être de revenir après votre lecture.

Comme je l’ai dit plus haut, ce sont en quelque sorte les mémoires de Benvenuto Gesufal, le bras armé du Podestat Ducatore, ce dernier complote pour s’accaparer le pouvoir et transformer la vieille république en un royaume. En d’autres termes, Léonide Ducatore est le méchant principal de l’histoire, et nous avons leur version des faits.

Mais une autre personne se cache dans l’ombre pour empêcher tout cela d’arriver. Je parle bien sûr de Lusigna. On apprendra à la fin qu’elle avait un plan commencé il y a longtemps, bien avant le début du récit.

Une autre femme est de la partie. Femme, c’est un grand mot. Clarissima Ducatore est plutôt une adolescente au tempérament bien trempé. Elle n’a pas froid aux yeux et va s’opposer à son père. Mais malheureusement pour elle, le sort va s’acharner et elle se fera agresser par notre « humble serviteur ». Un viol dont une description assez détaillé met assez mal a l’aise a la lecture, l’auteur aurai pu s’en passer. Un « sauvetage » pour le moins des plus violents, qui va se terminer par le meurtre de Lusigna d’une façon épouvantable.

Tout cela pour vous dire que les héros de ce roman sont en fait des héroïnes. Ce sont bien Clarissima et Lusigna les « gentilles » de l’histoire. Mais dans un monde d’hommes, violent et brutal, la réalité les rattrape.


Alors, est-ce que je recommande ?

Oui, avec un grand O. Une histoire passionnante avec beaucoup de rebondissements, et on se demande comment, en si peu de pages, Jaworski va finir son histoire.

Mais attention : j’insiste bien sur le fait que beaucoup peuvent être choqués par une scène de viol, commise par le personnage principal de surcroît.


Si vous avez aimé Gagner la guerre voici mes recommandations :

Autres livres de Jaworski :

  • Le Cycle des Rois du Monde (préquelle)
  • Janua Vera (recueil de nouvelles)

Où le trouver ?

Amazon
Fnac
→ Dans votre librairie de quartier (conseillé)

Ma prochaine lecture

Un roman de science fiction, La dernière arche de Romain Benassaya, m’attend sagement sur ma bibliothèque mais je me laisse toujours quelques jours entre chaque lecture pour bien le « digérer ».

Et vous, vous avez regardé ? Qu’en avez-vous pensé ?

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