Comment un wiki d’histoires d’horreur a créé une mythologie moderne à partir de frigos hantés et de bureaucratie paranormale.
Comme pour toute civilisation, sur le web, il existe des mythes. Des légendes urbaines numériques qui se propagent de forum en forum, de Reddit à 4chan, jusqu’à devenir des phénomènes culturels à part entière.
La Fondation SCP est l’un d’eux.
Et peut-être le plus fascinant. En tout cas c’est celui que j’adore.

Table des matières
Comment j’ai découvert la Fondation (par accident)
J’ai pris connaissance de son existence en 2017, complètement par hasard. Je traînais sur un forum obscur (je ne me souviens même plus lequel), quand je suis tombé sur un post où certains membres en parlaient comme du « truc à lire en toute urgence ».
Le ton était mystérieux, presque cultuel. Pas de spoilers, juste des références cryptiques à des « SCP-173 », « SCP-682 », comme si tout le monde était censé savoir de quoi il s’agissait.
J’ai cliqué. Et je suis tombé dans le terrier du lapin.
Pendant des semaines, j’ai lu. Des centaines de rapports. Des histoires courtes. Des récits qui commençaient par « SCP-XXXX » qui me faisais sourire devant l’absurdité totale de ce que je venais de lire et une source de créativité sans égale, j’ai même plusieurs récit SCP dans un coin de ma tête mais jamais mis sur papier.
Puis Control est sorti (et tout a cliqué)
En 2019, un jeu vidéo sort : Control, créé par le studio Remedy (les mêmes qui ont fait Max Payne et Alan Wake).
Un jeu avec une narration à couper le souffle mais un gameplay médiocre. Un jour, j’en parlerai plus en détail, mais voici l’essentiel : Control vous met dans la peau de Jesse Faden, directrice du Federal Bureau of Control, une organisation gouvernementale secrète qui étudie et contient des phénomènes paranormaux.
Si vous connaissez la Fondation SCP, vous comprenez immédiatement où Remedy a pioché son inspiration.
Les « Objets de Pouvoir ». Les rapports censurés. L’esthétique brutale et bureaucratique. L’idée qu’une organisation supra-gouvernementale cache au monde entier l’existence de choses impossibles.
Control, c’est SCP mis en jeu vidéo. Et ça fonctionne à merveille.

Mais concrètement, c’est quoi la Fondation SCP ?
Parce que jusqu’ici, je vous ai parlé de mon expérience, mais je n’ai toujours pas expliqué concrètement ce que c’est.
Avant d’aller plus loin, je vous conseille vivement la vidéo d’Alt 236 sur ce sujet. Il revient à la genèse de ce projet collaboratif mieux que je ne pourrai jamais le faire.

Une œuvre collaborative sous forme de wiki
La Fondation SCP, c’est une œuvre collaborative sur internet sous forme de wiki. Elle décrit une organisation fictive, la fameuse Fondation SCP — Secure, Contain, Protect, en français Sécuriser, Contenir, Protéger.
Un peu à la manière de X-Files, cette fondation traite des phénomènes étranges, surnaturels, avec une dimension internationale. En effet, la Fondation SCP est une organisation supra-gouvernementale. Les différents gouvernements du monde entier lui ont délégué la charge de traiter et d’étudier ces phénomènes. Et bien sûr, elle doit à tout prix cacher aussi bien son existence que les choses qu’elle gère au grand public.
Des rapports militaires froids et censurés
Les récits se présentent comme des rapports militaires, scientifiques… Froids et sans émotions, avec parfois des données censurées. Les fameux rapports remplis de scotch noir qu’on voit dans tous les films américains.
Exemple typique d’un rapport SCP :
Item # : SCP-XXXX
Classe d’Objet : Euclide
Procédures de Confinement Spéciales : [DONNÉES SUPPRIMÉES]
Description : SCP-XXXX est un ██████ mesurant approximativement ██ mètres de long. Lorsqu’un individu ███████, [DONNÉES SUPPRIMÉES]. Les sujets exposés rapportent des ████████████ avant de ███████.

Vous voyez le principe. Le format lui-même crée l’horreur. Ce qu’on ne dit pas est plus effrayant que ce qu’on dit.
Ce que j’adore dans cet univers : l’absurdité bureaucratique
Ce que j’adore dans cet univers, c’est qu’il joue sur l’étrangeté et l’absurdité de notre monde réel avec son administration lourde qui parfois nous fait péter un câble.
La Fondation SCP, ce n’est pas juste de l’horreur. C’est de l’horreur bureaucratique. Des phénomènes surnaturels gérés par des procédures administratives. Des entités cosmiques classées dans des cases. Des monstres qui doivent remplir des formulaires.
C’est à la fois terrifiant et hilarant.
C’est cette angoisse du système qui est le véritable héritage de la Fondation. On la retrouve aujourd’hui dans des œuvres comme la série Severance (Apple tv), des employés subissent une opération chirurgicale pour scinder leur mémoire entre leur vie de bureau (Innie) et leur vie extérieure (Outie). Le travail est absurde, la hiérarchie (comme les insaisissables O5 de la Fondation) est opaque, et l’oubli est forcé. Le bureau de Lumon(entreprise dans la série) n’est qu’une cellule de confinement aux moquettes tristes. L’horreur n’est pas le monstre, mais le système qui nous dépersonnalise et nous dépasse.
Des objets du quotidien devenus étranges
Chaque phénomène est issu, pour la plupart du temps, d’objets du quotidien. Comme des frigos, des balançoires ou des maisons.
J’ai l’impression que la banalité de notre quotidien, avec son ennui, a été le terreau fertile pour voir apparaître ce genre de mythologie.
Exemples marquants :
- SCP-087 : Un escalier qui descend infiniment dans le noir. Vous entendez un enfant pleurer. Vous ne devez jamais le rejoindre.
- SCP-3008 : Un magasin IKEA infini. Une fois entré, vous ne pouvez plus sortir. Des employés déformés vous traquent la nuit.
- SCP-173 : Une statue en béton. Elle ne bouge que quand personne ne la regarde. Si vous clignez des yeux, elle vous brise la nuque.
Des concepts simples. Terrifiants. Mémorables.
Pourquoi cet univers me fascine encore (presque 10 ans plus tard)
J’ai découvert la Fondation SCP en 2017. Presque dix ans plus tard, je continue de lire ou de relire des « rapports » sur cet univers qui est gargantuesque et foisonnant.
Pourquoi ?
L’idée de base est ultra simple : une organisation secrète qui contient des anomalies. Et pourtant, ça fascine des millions de personnes dans le monde entier, moi y compris.
La fiction comme échappatoire (et miroir déformant)
Le monde qui nous entoure est anxiogène, déprimant et d’un ennui abyssal. On essaie donc de s’en extirper par tous les moyens, et la fiction en est le meilleur moyen.
Et ce n’est pas un hasard si la plupart des récits SCP se basent sur des éléments du quotidien, comme je l’ai mentionné plus haut. Un escalier. Un IKEA. Un frigo.
La Fondation SCP transforme notre banalité en cauchemar. Et paradoxalement, c’est rassurant. Parce que ça nous dit : « Le monde n’est pas juste ennuyeux. Il est étrange. Terrifiant. Fascinant. »
Une narration addictive
La narration, quant à elle, est efficace et addictive. Le format « rapport » vous happe. Vous en lisez un, puis un autre, puis encore un autre.
Chaque SCP est une histoire courte, autonome. Vous pouvez en lire un seul ou des centaines. Il n’y a pas de « bonne façon » de consommer l’univers. Vous piochez ce qui vous intéresse.
Et l’univers est si vaste que vous ne manquerez jamais de contenu.
La vraie peur : la déshumanisation bureaucratique
Mais au-delà de l’horreur surnaturelle, la peur qu’instiguent ces histoires n’est pas la peur d’un monstre ou de quoi que ce soit d’irréel.
C’est une peur que chaque humain dans notre monde moderne a pu expérimenter : le rouleau compresseur de la bureaucratie.
Le vertige face à la déshumanisation de nos sociétés.
Kafka en parlait déjà dans son excellent roman Le Procès : un homme est arrêté, jugé, condamné, sans jamais comprendre pourquoi ni par qui. Juste une machine administrative implacable qui broie l’individu.
La Fondation SCP suit exactement les mêmes procédés. Des phénomènes incompréhensibles, classés, numérotés, rangés dans des cases. Des monstres cosmiques traités comme des problèmes logistiques. Des horreurs indicibles réduites à des « Procédures de Confinement Spéciales ».
Voilà la vraie peur que ces récits nous font vivre.
Pas la peur du monstre. Mais la peur d’être réduit à un numéro dans un système qui nous dépasse. La peur que l’absurdité du monde soit gérée par une bureaucratie encore plus absurde.
Et ça, c’est terrifiant. Parce que c’est réel.

Pourquoi la Fondation SCP fonctionne si bien
1. Le format « rapport » crée l’immersion
En lisant un rapport SCP, vous n’êtes pas un lecteur passif. Vous êtes un agent de la Fondation en train de consulter des archives classées.
Le format militaire, froid, avec ses données censurées, vous fait croire que tout ça existe vraiment quelque part.
2. L’univers est collaboratif (et donc infini)
N’importe qui peut écrire un SCP. Il suffit de soumettre son texte sur le wiki, et si la communauté valide, il devient canon.
Résultat : des milliers de SCP. Des objets, des lieux, des entités, des événements. Un univers en expansion constante.
3. Ça joue sur nos peurs du quotidien
Les meilleures histoires d’horreur ne parlent pas de monstres dans des châteaux gothiques. Elles parlent de ce qui est juste à côté de nous.
Un escalier. Un IKEA. Une statue.
La Fondation SCP transforme le banal en cauchemar. Et c’est ça qui rend l’univers si perturbant.
Les influences et l’héritage de la Fondation SCP
Ce qui a inspiré SCP
La Fondation SCP ne sort pas de nulle part. Elle puise dans plusieurs sources :
- X-Files : L’idée d’une organisation gouvernementale qui enquête sur le paranormal et cache la vérité au public. L’esthétique des rapports classifiés.
- La Twilight Zone : Les histoires courtes, autonomes, qui transforment le quotidien en cauchemar.
- H.P. Lovecraft : L’horreur cosmique, l’incompréhensible, ce qui ne peut être nommé.
- Les creepypastas : Nées sur 4chan comme SCP, elles partagent le même ADN de fiction collaborative et d’horreur internet.
Ce que SCP a influencé
Depuis sa création en 2007 sur 4chan, la Fondation SCP a, à son tour, influencé :
- Des jeux vidéo : Control (Remedy), SCP: Containment Breach, Lobotomy Corporation
- Des séries : Stranger Things (le Hawkins Lab), Archives 81
- Des films : Cabin in the Woods (dans l’approche bureaucratique du surnaturel)
- Des chaînes YouTube : The Volgun, SCP Illustrated, Alt 236
L’univers SCP est devenu une référence incontournable pour quiconque s’intéresse à l’horreur moderne, à la fiction collaborative, ou à l’idée que le gouvernement cache des choses impossibles.
Comment lire la Fondation SCP (pour les débutants)
Si vous voulez vous lancer, voici mes conseils :
Commencez par les classiques
- SCP-173 : Le premier SCP jamais créé. Court, efficace, terrifiant.
- SCP-087 : L’escalier infini. Simple et glaçant.
- SCP-3008 : L’IKEA infini. Absurde et angoissant.
Explorez les séries thématiques
Certains auteurs créent des « séries » de SCP liés entre eux. Exemple : la série Broken Masquerade (où le monde découvre l’existence de la Fondation).
Lisez les « Tales »
En plus des rapports, le wiki contient des « Tales » (récits), qui racontent des histoires dans l’univers SCP sous forme de nouvelles classiques.
Regardez des vidéos
Si lire des centaines de pages ne vous tente pas, des chaînes YouTube comme The Volgun lisent les rapports en audio. Parfait pour s’endormir… ou pas.
Ressources pour aller plus loin
- Le wiki officiel : scp-wiki.wikidot.com
- Le wiki Francais : http://fondationscp.wikidot.com/
- La vidéo d’Alt 236 : Lien vers la vidéo
- Chaîne YouTube The Volgun : Lectures audio des SCP
- Jeu Control : Disponible sur Steam, PlayStation, Xbox
Et vous, vous connaissez la Fondation SCP ? Quel est votre SCP préféré ? Partagez en commentaire !
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